Nous étions deux

Ils étaient deux. Ne faisaient qu’un. Et José Frèches croyait qu’ils avaient l’éternité devant eux. Mais le 29 novembre 2011, à l’âge de 61 ans, il disait adieu à son jumeau. Ce jour-là, il crut mourir aussi…

Comment rester debout sans son « pareil », son frère miroir, son premier rival ? Longtemps l’écrivain s’est enfermé dans le silence.  Jusqu’à ce livre… et ce miracle : en racontant Jean-Benoît, l’auteur s’est révélé à lui-même. Il a renoué avec la vie.

Nous étions deux est une confession bouleversante. Sur le bonheur et la malédiction des jumeaux, et, au-delà, sur tous ces orphelins qui, un jour, ont perdu leur âme sœur.

Dans ce livre lumineux, José Frèches nous invite à dépasser nos chagrins et à célébrer le goût de vivre retrouvé.

Un récit à cœur ouvert, aussi intimiste qu’universel.

Interview de l’auteur

Le 29 novembre 2011, vous perdiez votre frère jumeau Jean-Benoît, devenant orphelin de celui qui fut à la fois votre double, votre miroir, votre rival. Pourquoi avoir choisi d’évoquer, huit ans plus tard, dans un récit très personnel, le « couple » si particulier que vous formiez avec lui ?
Il m’aura fallu ce temps pour avoir la force d’écrire, et peut-être le recul. Je m’y suis attelé d’abord pour mes proches, moi qui m’exprime peu (sans doute en raison de ma gémellité). J’ai voulu aussi faire comprendre aux « sans-pareil » ce qu’est la condition gémellaire. J’ai également pensé à tous les jumeaux qui ont perdu leur « pareil ». Le chemin qu’on poursuit est étroit et tortueux. Souvent en aplomb au-dessus du vide. La rédaction de ce récit fut pour moi une sorte de thérapie.


Dans votre livre, vous faites part des dernières connaissances sur ce grand mystère qu’est la gémellité. Qu’avez-vous appris de vos recherches ?
La gémellité est forcément mystérieuse pour les « sanspareil ». Les naissances gémellaires sont rares même si elles sont en augmentation du fait du développement des techniques de procréation assistée. La plupart des mythologies prêtent aux jumeaux des pouvoirs surnaturels. Dans certaines civilisations, on les vénère, dans d’autres, ils sont pourchassés. La destinée d’un « couple gémellaire » se situe à la croisée entre la nature (quand les jumeaux sont issus d u même œuf ) et la culture (à moins de demeurer dans leur « bulle gémellaire », leurs vies sont forcément différentes). On demeure pareils, tout en devenant différents. C’est un immense bonheur et une force, mais aussi un déchirement et une terrible frustration. L’étude des jumeaux a fait l’objet de centaines d’ouvrages. Très peu sont le fait de jumeaux. Écrire sur son « double » est une entreprise ardue, surtout quand il est encore en vie. La mort de JB m’aura permis de le faire.

Au-delà de la gémellité, votre livre raconte la place que chaque enfant se fait, ou tente de se faire, au sein d’une famille. La question de la préférence, en particulier, est très présente…
D’après le grand psychoclinicien René Zazzo, dont le livre Le Paradoxe des jumeaux connut un énorme succès lors de sa parution en 1984, chaque parent de jumeaux choisit le sien, plus ou moins consciemment. J’étais le préféré de notre maman. Cela n’a jamais été clairement verbalisé, pas plus entre elle et moi qu’entre JB et moi. Cette préférence, dont je suis certain, a été structurante dans le fonctionnement du couple gémellaire que JB et moi formions. Elle continue à m’accompagner. À cet égard, j’ai eu la chance de connaître ce que Romain Gary décrit si magnifiquement dans La Promesse de l’aube.

À la fin de votre récit, vous parlez d’un « deuil impossible », en espérant qu’il le restera, car la pérennité de votre chagrin vous est une consolation incomparable. Qu’avez-vous voulu dire ?
Un jour, JB m’a dit : « Au fond, tant qu’on se souvient des morts et qu’on parle d’eux, ils sont toujours vivants. » Je déteste l’expression « faire le deuil », synonyme pour moi de « tourner la page » et de coulage de ce même deuil sous une chape de béton. Un deuil impossible, un deuil pérenne, c’est l’assurance qu’on portera toujours en soi le souvenir de la personne qui est partie et qu’on aimait. En ce sens, mon chagrin est consolant. Il me prouve que, malgré l’usure du temps, JB est toujours aussi présent à ma personne.

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