Qu’est-ce qui vous a donné envie de romancer cette histoire vraie de la ruée vers l’or du Klondike en Alaska ? Vous auriez aimé vivre ça ?
Nicolas Vanier : C’est vrai que je traîne une certaine nostalgie de ne pas avoir participé à ces grandes aventures du XIXe siècle qui remettent bien à leur place les prétendus exploits d’aujourd’hui, y compris les miens ! La ruée du Klondike est une histoire incroyable, qui a emporté près de cent mille hommes, qui n’y connaissaient rien au froid ni aux pays d’en haut, dans une aventure chimérique. Elle me fascine depuis longtemps.
Écrivain, aventurier, cinéaste aussi… Vous sentez-vous plus l’un ou l’autre ?
N. V. : Il y a une complémentarité entre ces différentes activités. J’ai connu de nombreuses aventures dans la région du Yukon qui a été le théâtre de cette ruée vers l’or du Klondike. En radeau, en canoë et avec mes chiens, j’ai parcouru tous ces kilomètres dont je parle dans le roman, vécu nombre des situations qui y sont racontées. Et si je réalisais un jour un grand film issu de ce roman, la boucle serait joliment bouclée, non ?
C’est à l’ordre du jour ?
N. V. : Peut-être, je suis en discussion avancée avec un grand producteur américain.
Quelle place a pris l’écriture dans votre vie ?
N. V. : L’écriture est devenue une part de ma nourriture. Je vis l’aventure avec mon héros et pour bien écrire j’ai besoin d’être en manque de Nord. Alors j’écris chez moi, en Sologne, au petit jour…
Il y a un aspect tranché dans cette histoire, à travers l’enseignement du vieux trappeur à votre héros ignorant : « Ici, tu es ce que tu fais ». Votre bonheur à vivre dans le Grand Nord tient-il dans cette phrase ?
N. V. : Pas exactement. Le bonheur de vivre là-haut provient de la relation qu’on peut établir entre soi et les paysages. Une relation forte, concrète, qui n’est pas contemplative mais faite d’échanges. Dans le Nord on ne triche pas. Ça ne sert à rien de tenter de paraître, de se composer un personnage qu’on n’est pas. Là-bas, « là-haut », l’homme se découvre et apparaît tel qu’il est. S’il n’est pas encore ce qu’il doit devenir, le Nord s’en charge… C’est le Nord qui m’a fait tel que je suis. Ensuite, de ces échanges vrais avec la nature naît l’harmonie ; de l’harmonie naît le bonheur de vivre dans ces pays que d’autres jugent hostiles !
Est-ce qu’à travers vos livres vous essayez d’inciter les autres à réfléchir à leur rapport avec la nature ? Est-ce que vous avez l’impression de travailler à sa « sauvegarde » ?
N. V. : C’est peut-être une goutte d’eau dans l’océan… mais j’espère que ce genre de livre peut aider à faire prendre conscience du fossé dans lequel le monde est en train de sombrer. Ce fossé c’est celui qui sépare aujourd’hui l’homme de la nature. Autrefois, l’homme vivait avec ce qui l’entourait et avait donc conscience de ce qu’il fallait faire pour protéger ce qui le faisait vivre. Aujourd’hui dans un monde totalement artificialisé, virtuel plus que réel, l’homme perd les pédales et détruit ce sur quoi et avec quoi il doit vivre : la Terre. Mais je ne désespère pas de voir le monde évoluer dans le bon sens, comprendre que la Terre est ce sur quoi il nous faut vivre !
Vos livres associent tellement la pureté au Nord et la noirceur au monde dit « civilisé »… Est-ce qu’un jour vous n’allez pas rester là-bas ?
N. V. : Non ! Je ne veux pas vivre là-bas. Mes racines sont ici, chez moi, en Sologne, où j’ai décidé de m’établir avec ma famille. Et si je suis très heureux de faire mes valises pour rejoindre les pays d’en haut, où j’ai aussi une maison, un camp avec des chiens, je suis tout aussi heureux au printemps de revenir chez moi ! J’aime une part de ce monde dit « civilisé ». Je suis très heureux de vivre l’époque extraordinaire qui est la nôtre. Réalise-t-on vraiment quels bouleversements nous sommes en train de vivre ? Notre génération sera montrée du doigt ou honorée dans plusieurs siècles comme une période charnière de l’humanité ; à nous de décider maintenant, très vite, si nous continuons ou non à détruire ce qu’on nous a laissé en bon état.
On sait l’admiration que vous éprouvez pour Jack London et le rôle que ses livres ont joué dans votre vie… Or dans ce roman, on le voit aller de bar en bar avec votre héros…_ N. V. : On confond souvent l’œuvre de Jack London, les personnages qu’il décrit, avec lui-même. Je l’ai fait apparaître tel qu’il était, tel que tout le monde l’a vu à Dawson, où il passait son temps à écouter les histoires, ces histoires qu’il a si merveilleusement racontées. Des histoires qui valent bien tout l’or que le plus riche des chercheurs a trouvé là-bas !
L’or, justement, ça vous a tenté dans vos grandes virées en Alaska ?
N. V. : Mais j’en ai trouvé ! En Alaska, dans une petite rivière située à vingt kilomètres de Dawson, juste de quoi nous offrir, avec mes copains, un verre dans un bar de Dawson où l’on peut encore aujourd’hui payer son whisky en poudre d’or !
Pouvez-vous nous parler du film que vous venez de réaliser, Le Dernier Trappeur ?
N. V. : C’est un film que j’avais en moi depuis longtemps, un hymne au Grand Nord canadien raconté au travers d’un personnage réel et authentique, très emblématique : Norman, un trappeur des montagnes Rocheuses qui vit en harmonie avec les paysages qui l’entourent et ce qui y vit. Nous avons tourné pendant une année entière, et nous sommes en plein montage. La sortie mondiale est prévue le 14 décembre, avec une diffusion dans 500 salles en France…