Editions XO

Orfenor Tome 1 : Natalène

  • • Roman français
  • • Parution : 17 mai 2004
  • • 480 pages
  • • Format : 153 x 240 mm
  • • Prix : 20,90 euros
  • • ISBN : 9782845631977
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  • Présentation

    Une famille d’autrefois dans une vieille maison, des roulottes qui surgissent d’on ne sait où, une petite valise noire, un piano qui se cherche, l’histoire d’un grand amour... Et au-dessus s’entête, fière et souveraine, la chanson d’Orfenor.

    Le jour où sa mère l’a aban­donné dans la vaste maison de Blajan, Tristan s’est mis au piano et a joué six heures d’affi­lée. Il n’a plus jamais cessé. Tristan gran­dit avec sa musi­que à Blajan, sous l’aile de son grand-père, inflexi­ble et extra­va­gant chef de clan, avec ses cinq cou­sins, nichée tur­bu­lente semée là par la géné­ra­tion pré­cé­dente. Parmi eux il y a Natalène. Elle a l’âme farou­che et les yeux jaunes, elle est brune de peau et légère comme un oiseau. La même liberté, la même brû­lure cou­lent dans leurs veines. Peu à peu la force qui les unit va deve­nir la plus secrète des his­toi­res d’amour. Mais Natalène a un père bohé­mien qui chaque année l’arra­che à Blajan et à Tristan sans jamais dire quand il la leur rendra. Et chaque automne la ramène à l’impro­viste, obs­ti­né­ment muette sur cette autre vie, cou­verte de bleus, sale et pro­vo­cante, chaque fois dif­fé­rente de celle qui était partie, don­nant à leur amour des cou­leurs som­bres, mys­té­rieu­ses et ensor­ce­lan­tes.

  • Extrait

    Cette histoire, qui ressemble à une histoire d’amour, devrait commencer le jour où ses deux héros découvrirent ce qui les liait, et pour la première fois se touchèrent. Ils étaient près d’un étang et les cloches du village sonnaient. Mais bien qu’ils fussent très jeunes ce matin-là, puisque Natalène avait treize ans, et Tristan quinze, il faut remonter plus loin encore. Au jour de la sonate très exactement. C’est-à-dire deux ans plus tôt.

    Et deux ans plus tôt, ce n’est pas Natalène qui a treize ans, c’est Tristan. Il revient du village avec Chantal, une autre de ses cousines, dont il est vaguement, très vaguement amoureux ; et comme on ne peut pas les voir de Blajan ils se tiennent par la main. C’est osé. Mais ils ont déjà fait bien pire, depuis le début de l’été, et se sont assez mal conduits… pour leur âge en tout cas, leur époque, et surtout le genre de famille collet monté où le hasard les a fait naître. Ils n’ont pas honte. Au contraire. Que leurs condisciples usent leur énergie à des combats puérils, pensent-ils sans doute. Que Xavier se glisse dans la grange pour fumer, que Philippe fouille la bibliothèque pour y dénicher des livres interdits, que Natalène et Marion rusent avec les tantes pour se gaver de confitures… Eux, les amoureux, mènent du moins une lutte honorable, ont vraiment quelque chose à cacher et prennent vraiment des risques. En atteignant le bord de la grande pelouse ils s’écartent pourtant l’un de l’autre. Ils sont courageux, certes, mais pas téméraires, et ne se soucient ni l’un ni l’autre d’affronter vraiment Contorose.

    Et justement il est là, campé sur le perron de sa demeure, le vieux chef du clan, le grand, le fantasque, l’extravagant Contorose…

    — Déjà levés ? s’étonne-t-il.

    Sans le moindre soupçon, il regarde s’approcher les deux enfants. Tristan a rougi, un peu, à peine. Plus habile, Chantal sourit, et glisse :

    — On prépare une surprise. Pour faire enrager Philippe.

    Que l’on veuille taquiner Philippe, ce jeune démon, c’est très plausible. Contorose n’insiste pas, et soupire :

    — Crénom, les enfants, quel temps de rêve !

    Il a près de soixante-dix ans, mais rayonne de force et de joie autant que ses pupilles – six garnements, âgés pour l’heure de dix à quinze ans, petits-enfants ou petits-neveux, dont il a la charge depuis leur naissance ou peu s’en faut. Au passage il ébouriffe les cheveux de Chantal. — Vous allez me dévorer un bœuf ?

    — Deux ! réplique-t-elle. Un chacun !

    Ils le laissent là et rejoignent la salle à manger, où les autres enfants sont déjà assis autour de la longue table. À Blajan, en vacances, on se lève tôt : il n’y a pas une minute à perdre. Aucun adulte n’étant présent, on n’épargne pas aux deux tourtereaux les plaisanteries d’usage. Sans appuyer : dans cette famille où les vieilles règles de bienséance ont encore cours, et où l’on se vouvoie encore entre cousins de sexe opposé, la raillerie peut être acerbe, mais elle reste pudique.

    Chantal et Tristan lui opposent une indifférence bien jouée. Les insinuations de leurs pairs font d’ailleurs partie du plaisir qu’ils tirent de leur fade petite romance, exactement comme la peur délicieuse qu’ils éprouvent parfois devant Contorose. Tristan, impassible, se verse un plein bol de lait, et Chantal se contente de pousser un long soupir excédé. — L’amour, dit Xavier à Marion, c’est une histoire d’égoïsme et d’épiderme, tu n’as pas lu ça quelque part ?

    Il a quinze ans et se veut lettré. Marion vient de fêter ses dix ans et ne lit guère que La Semaine de Suzette : elle ouvre de grands yeux ahuris. Et Tristan, malgré le beau calme qu’il affectait, éclate de rire.

    — L’échange et le frottement, dit-il.

    — Quoi ? dit Marion. Quoi ?

    On la laisse sur sa faim, cruellement. D’un revers de sa main brune Natalène renvoie au milieu de la table le gros pot de miel.

    — Je t’ai entendu descendre ce matin, glisse Xavier à Tristan. Aux aurores. Quatre heures, non, ou quelque chose comme ça ?

    — Quatre heures, proteste Philippe faussement indigné, tu exagères toujours ! Il était à peine quatre heures dix !

    Chantal hausse les épaules, dédaigneuse.

    — Et vos oignons à vous, dites, vous vous en occupez à quelle heure ?

    — Pas à quatre heures dix en tout cas, réplique Philippe. À quatre heures dix, moi, madame, je dors…

    Le pas ferme de Contorose résonnant dans le vestibule, ils se taisent. Et le vieux monsieur, un peu surpris, s’assoit à son haut bout de table devant six jeunes muets.

    — Ça ne va pas ?

    On l’assure, d’une seule voix, que ça va très bien au contraire.

    — Que faites-vous aujourd’hui ?

    — Je vais aux Sources, dit Philippe. Avec Xavier, Natalène et Marion. On cherchera des framboises. Chantal et Tristan, je ne sais pas ce qu’ils font…

    Cette façon d’associer les prénoms des deux amoureux frise la haute trahison, et un silence désapprobateur accueille ce coup bas.

    — Je fais du piano, se défend Tristan.

    — Moi, dit Chantal, je vais aussi aux Sources, tiens !

    Contorose, le sourcil froncé, se beurre une longue tartine de pain bis. Les six enfants l’observent avec un peu d’inquiétude et Philippe donnerait beaucoup, maintenant, pour rattraper ses paroles imprudentes…

    Naturellement, le vieux monsieur pense à tout autre chose qu’aux coupables amours des gamins qui l’entourent. Les lui dénoncerait-on clairement qu’il éclaterait de rire. Il a seulement mal au dos, et s’en désole.

    — Je n’irai pas en ville, soupire-t-il, non, ou alors…

    Il lance un coup d’œil à Tristan, simplement parce que celui-ci a parlé de piano et que cela évoque pour son grand-père l’image d’un calme et confortable salon.

    — Je t’écouterai peut-être, mon garçon, si tu dois vraiment jouer.Il ne comprend pas pourquoi le pianiste se tortille sur sa chaise, pendant que Chantal rougit jusqu’aux oreilles et que les quatre autres diablotins ricanent bêtement…

    — Mais qu’est-ce que vous mijotez, à la fin ?

    Aussitôt, se rappelant l’allusion de Chantal à une farce projetée, il craint d’avoir gâché leur joie et, se tournant vers la fillette, il porte à son comble le malaise général en concluant, jovial :

    — Je n’ai rien dit, je n’ai rien dit ! Tu me raconteras ça plus tard, quand ce sera fait !

    Le gaffeur sorti, et ses pupilles envolés, le reste du clan apparaît à son tour.

    Ce qui a survécu, du moins.

    C’est-à-dire très peu de monde.

    Lise et Blanche, les deux sœurs de Contorose. Marie, la femme de son unique neveu. Personne d’autre…

    Comme il sied aux proches d’une très forte personnalité, ces trois dames sont effacées et timides. Elles parlent bas, font de tout petits gestes, et semblent s’étonner d’exister. Coincées entre Contorose, l’extravagant, et six garnements débordants de vie, elles n’ont pu se tailler à Blajan qu’un tout petit domaine.

    Sous leur juridiction se trouvent la vie au salon, bien sûr, l’élaboration des menus, la direction du personnel, la gestion des réserves – et, passe-temps délicieux entre tous, l’épluchage minutieux des faits et gestes de chacun. Là-dessus elles règnent sans partage.

    Le reste leur échappe.

    Natalène, cette peste, les appelle « Les trois Parques ». Pour les autres elles sont « les souris grises ». Mais pour le monde extérieur elles restent « ces dames de Blajan », et c’est ce qui leur importe.

    Lise, qui est l’aînée, devrait mener le train. Mais Blanche, sa cadette, a été mariée, elle, et a eu un fils. Mais Marie, la femme de ce fils, est plus jeune encore et se trouve être la mère de quatre des enfants. Chacune d’elles a d’excellentes raisons de se penser l’âme du trio, et vit donc en bonne intelligence avec ses deux faire-valoir, qu’elle se garde bien d’accabler de sa propre supériorité. Avec une parfaite courtoisie elles ne cessent de s’effacer les unes devant les autres, de protester lorsqu’une quelconque prééminence semble leur être offerte, de se renvoyer la balle avec un doux entêtement… « Voyons, ma chère Lise, c’est à toi de choisir… Je ne me permettrais pas d’insister, ma chère Marie… Qu’en pensez-vous, ma chère Blanche ? C’est à vous de décider en cela… »

    Ce ballet rituel amuse fort Contorose, et ferait pouffer les enfants s’ils l’osaient, mais cimente l’affection mutuelle des trois vieilles dames et les maintient de bonne humeur. Elles ont tant d’heures à passer ensemble !

    Contorose ne reconnaît un peu de bon sens qu’à Lise, son aînée. Cependant il les traite toutes les trois avec une grande déférence, et malheur à l’enfant qui se risquerait à en user autrement…

    Tristan a joué, bien sûr, presque toute la journée, et Chantal a pris soin de l’éviter comme un pesteux. À table, pas une seule fois elle n’a croisé son regard. Philippe a reçu les reproches rageurs que méritait sa maladresse et il a daigné les accepter sans se mettre en colère. À peine redescendues des Sources, Natalène et Marion ont disparu au village pour se bourrer de gâteaux, Justine a fait une mousse au chocolat délicieuse et il n’a pas plu : en somme cette journée de vacances, si mal commencée, s’est comportée très honorablement pour finir. Si bien que Tristan a osé attendre Chantal dans leur cachette habituelle, sous les acacias de l’allée, et qu’elle a osé l’y rejoindre.

    Il a treize ans, et elle quatorze : ils sont bien maladroits. Pour tout aggraver ils n’ont pas de réelle tendresse l’un pour l’autre. Chantal, qui est incurablement romanesque, s’enchante seulement d’avoir un vrai secret de grande à garder et Tristan, qui a l’esprit curieux, ne retire de ces rendez-vous que des connaissances précieuses sur le corps des petites filles, et sur le surprenant comportement du sien en présence des petites filles.

    Ils sont beaucoup plus sages qu’ils ne le pensent, ces deux innocents. Mais tout de même Tristan a déjà caressé, sous le corsage de sa cousine, le léger renflement de ses seins en bouton, il a déjà embrassé ses lèvres fraîches, et il sait quelle tension, quelle faim douloureuse et quel vertige cela provoque en lui. Pour quelque mystérieuse raison d’enfant, si Chantal se laisse embrasser et se laisse caresser, elle se refuse absolument à subir ces outrages assise ou allongée : c’est debout, et droite comme la justice, qu’elle les accueille. Pour elle le péché doit poindre lorsqu’on adopte une autre position…

    Le péché. La honte. La faute. Ces mots, que Chantal n’emploie même pas encore dans ses rédactions, et dont elle ne saurait sans doute pas donner une définition satisfaisante, tout en elle les illustre lorsqu’elle s’abandonne aux mains de Tristan. Les trois dames de Blajan, qui ont élevé cette petite vierge froide, peuvent se frotter les mains : elles ont réussi à la revêtir d’une cuirasse de peur et de culpabilité qui n’est pas prête à céder.

    Tristan leur a été moins soumis, et a gardé l’esprit plus droit : mais le moyen de sentir droitement, quand on frôle sur un jeune corps raidi une telle malédiction ? Il finit toujours par l’attirer contre lui et par se contenter de caresser ses boucles blondes, avec une tendresse bien apprise. Aussitôt, Chantal se détend. Elle a payé sa quote-part et peut en venir aux choses agréables. — Et si Philippe le dit à Contorose ? glisse-t-elle. Et si Contorose nous voit ? Et si les tantes

    s’en doutent ? Hein ? Et si Xavier cafarde ? Oh là là…Tristan répond, gentiment, à ces naïves petites questions. Il se sent un peu triste, sans trop savoir pourquoi.

    Ce soir-là – où se place, bien qu’il soit passé inaperçu de tous, le début de l’histoire – ce soir-là, comme Chantal et Tristan sortent des acacias et remontent l’allée, un bruit de ferraille les fait sursauter. Ils se retournent et voient apparaître à la grille du parc l’inénarrable guimbarde du Copte, cahotante et rouillée.

    Le Copte est au volant de cette antiquité, trapu, sombre, un mégot sale aux lèvres, plus vulgaire encore que les deux enfants n’en avaient le souvenir. Il a freiné en les apercevant, et lève un bras poilu.

    — Salut ! L’est là, Vanina ?

    Comme tous les habitants de Blajan, Chantal et Tristan détestent ce prénom que porte, pour cet homme et sa tribu de forains crasseux, leur cousine Natalène. Aussi Chantal répond-elle, dignement :

    — Natalène ? Oui, monsieur, à la maison.

    — J’viens la prendre. T’à l’heure !

    — Oui, reprend Chantal avec un rien de hauteur, à tout à l’heure, monsieur.

    Et ils regardent le tacot monter l’allée.

    — Là, dit la fillette, j’ai horreur de cet homme ! Horreur ! Contorose ne devrait pas le laisser emmener Natalène…

    — C’est son père, après tout.

    — Et alors ? Elle ne s’appelle même pas comme lui !

    — C’est quand même son père.

    — Moi, si j’étais Contorose…

    Tristan s’écarte un peu d’elle, d’instinct. Il n’aime guère, sans se l’être jamais avoué clairement, la sagesse et le conformisme de Chantal. « Bien élevé », il l’est lui aussi : personne à Blajan ne pourrait se dispenser de l’être, sous la férule de Contorose. Mais quelque chose en lui, resté libre et désinvolte, refuse de se laisser tout à fait convaincre.

    — Si j’étais Contorose, poursuit Chantal, je la garderais, moi, Natalène. Pas vous ?

    — Non, répond-il. Je trouve qu’elle peut bien y aller.

    — Chez ce ramassis de forains ?

    — Qu’est-ce que ça fait ? C’est un crime de travailler dans les foires ?

    — Non, mais… enfin je ne sais pas, mais… et même pour nous… ce n’est pas très…

    Crispé, il espère qu’elle ne dira pas, comme les tantes : « convenable ». Mais bien sûr c’est exactement ce qu’elle dit. Et elle raffine, même :

    — Ni très convenable ni très comme il faut.

    Ils sont au pied du perron, ce qui épargne à Tristan la peine de répondre. Il est triste, inexplicablement : beaucoup plus triste qu’il ne l’était sous les acacias, il y a dix minutes à peine.

    Ils atteignent juste le bas de la porte lorsqu’elle s’ouvre, brusquement, sur un Contorose souriant, son foulard de soie rouge autour du cou.

    — Non ? dit-il. Mais pourquoi ?

    — Ben, fait le Copte derrière lui, avec le fric que je lui devais, vous pensez si c’était le moment de ramener sa fraise !

    Chantal et Tristan se sont écartés, poliment. Natalène suit son père, une petite valise à la main, un livre sous le bras. Le Copte ne lui accorde jamais plus de quelques minutes pour faire ses bagages. Elle laisse les deux hommes traverser la terrasse, puis descendre les marches – ils rient toujours – et fait à ses cousins une vilaine grimace.

    — Ça va ?

    Et parce que son départ lui assure une certaine impunité elle ajoute, moqueuse :

    — Ça va, la romance ?

    Chantal hausse les épaules et se glisse dans le hall. Elle veut bien croiser le fer avec Philippe et Xavier, mais n’a jamais voulu reconnaître à Natalène ni à Marion, ces deux gamines, le droit d’aborder un si grave sujet.

    Tristan ne la suit pas. Il est aussi susceptible que Chantal sur la « grandissime passion » qui les unit, mais sa vieille complicité avec Natalène l’incline à lui pardonner beaucoup et lui fait trouver ses railleries, d’ailleurs peu fréquentes, supportables. Il ne relève pas celle-ci et demande seulement, en désignant du menton la valise que porte la petite fille :

    — C’est pour longtemps ?

    — Un mois ou deux, je crois.

    Natalène n’est pas sage, elle. Ni conformiste. Pour tout dire elle n’est pas non plus très bien élevée : elle fait seulement semblant, par prudence. À Blajan règne Contorose, ailleurs le Copte, leurs méthodes d’éducation sont parfaitement opposées, on s’adapte, on transige, on louvoie…

    Elle a onze ans, ce jour-là. Maigrichonne, noiraude, le visage pointu, elle est laide, indiscutablement. Le front est trop bombé, les pommettes trop aiguës. Quant aux yeux, d’un jaune sale comme elle le dit elle-même – les yeux du Copte très exactement – ils n’arrangent rien. Deux affreuses nattes trop serrées complètent un tableau qui désole les tantes, et surprend à Blajan où l’on s’est toujours flatté de faire de beaux enfants.

    Le laideron, pour l’heure, baisse son petit museau et regarde avec intérêt le bout de ses sandalettes.

    — Il a dit qu’à la rentrée, au plus tard…

    Elle n’achève pas sa phrase. Ce que le Copte a dit n’a aucune importance, et elle le sait. Il peut la ramener le surlendemain, dans trois semaines, ou dans six mois tout aussi bien.

    Pour la première fois de sa vie Tristan s’étonne vaguement de cette situation, à laquelle il n’a jamais pensé sérieusement. Une table est une table, deux et deux font quatre, Natalène disparaît à intervalles réguliers dans la guimbarde du Copte, la Terre tourne autour du Soleil et ainsi va le monde… Mais ce soir-là la façon qu’a eue sa cousine de se taire brusquement, en serrant les lèvres, l’émeut.

    — Sûrement, dit-il au hasard. Pour la rentrée, sûrement.

    — Ho, crie le Copte de l’allée, ho, Vanina ! Tu grouilles un peu ?

    Elle sourit à Tristan, s’élance, et dévale les marches du perron.

    Dans le salon, Tristan voit que Chantal s’est assise près du feu. Il n’ose pas la rejoindre. En a-t-il vraiment envie, d’ailleurs ? Il regarde ses cousins poser sur la table ronde la boîte du jeu de l’oie, et ses tantes broder, assises sur le même canapé, la même nappe d’autel. Elles parlent de l’irruption brutale du Copte sur leur planète, bien sûr.

    — Moi, dit Lise, je n’approuve pas Louis de… Cette petite est déjà si volontaire, si…

    Elle n’achève pas, mais secoue la tête avec componction.

    — Avec une telle hérédité, glisse Blanche, il ne faudra pas s’étonner si…

    Tristan s’assoit au piano et se met à jouer, doucement, une petite sonate qu’il connaît bien. Mais il la joue avec une telle expression que chacun, surpris, se tait pour mieux écouter. Comment ces notes familières peuvent-elles parler si clairement, ce soir, d’orage, de tristesse et de violence ?

    Tristan contemple, sans le voir, le bois ciré du pupitre. Il ne pense à rien. Ou bien à l’ombre du bouquet d’acacias, là-bas, dans l’allée. C’est chose à la mesure de son âge. Le reste le dépasse : des pas rapides sur les marches d’un perron, une enfant qui détourne les yeux, une déchirure secrète… Au milieu d’un silence vaguement gêné, il referme le clavier, pivote sur le tabouret, fait face au clan et rougit de voir tant de regards fixés sur lui. Quelque chose vient de lui arriver – quelque chose qu’il ne comprend pas mais dont il se souviendra plus tard.

    — Je n’aime pas, dit tante Lise, cette façon de jouer… Quelle brutalité !

    — Il jouait doucement, proteste Philippe.

    — Peut-être, mon garçon, peut-être. Mais c’était… c’était vulgaire. Voilà, oui, c’était vulgaire…

  • Interview de l’auteur

    Vous n’avez pas publié depuis vingt ans et pourtant vous écrivez depuis toujours. Vous rappelez-vous comment l’écriture vous est venue ?

    Myrielle Marc : Oui, ça je m’en souviens bien, je faisais mes devoirs, je posais une opération sur la page de gauche de mon cahier. Sur la page de droite il y avait un buvard, et tout d’un coup j’ai poussé le buvard et j’ai écrit sur la page blanche la première phrase de ma première histoire. Je n’ai plus jamais arrêté d’écrire. Je me souviens que c’était une histoire de vieux château, enfin ce qu’on peut écrire ou rêver à sept ans. Après, j’ai pris un autre cahier.

    Vous ne montriez rien à personne de ce que vous écriviez ?

    M. M. : Non, je n’ai rien montré. Ça n’aurait intéressé personne autour de moi. Et puis les adultes ne me paraissaient pas très fiables, ni eux, ni leur avis. Je ne souhaitais pas vraiment leur approbation sur ce qu’ils appelaient « mes gribouillis ». Défendre mon droit à gribouiller librement, ça me suffisait.

    Vous étiez très jeune à la mort de votre père ?

    M. M. : Oui, j’avais cinq ans. On m’a dit qu’il était parti en maison de convalescence et on m’a fait lui écrire pour lui dire de se rétablir bien vite, qu’il me manquait. Il me répondait, il avait l’air très au courant de mes moindres bêtises. On m’a avoué deux ans après qu’il était mort. Évidemment je ne l’ai pas cru du tout. Et je l’ai attendu très longtemps. Je disais autour de moi qu’on le prétendait mort, que je ne savais pas trop pourquoi, mais qu’il ne l’était évidemment pas et qu’il fallait être bien bête pour penser que j’y croyais.

    Quel est votre souvenir de lecture le plus marquant ?

    M. M. : La première : Les Misérables. Petite, je voyais ces trois gros volumes sur une étagère, les seuls livres qu’on avait à la maison. Donc dès que j’ai su lire j’ai pris le premier volume et j’ai commencé, sans rien comprendre parce que le début des Misérables à six ou sept ans… Mais c’était pour le plaisir de lire, d’exercer un talent. Je me souviens de mon émerveillement quand j’ai vu de tout ce fatras sortir un personnage et c’était monseigneur Myriel ! C’est pour ça que quand j’ai changé de nom j’ai choisi Myrielle. Ce personnage était vivant, aussi vivant que ceux qui m’entouraient et pourtant il sortait de signes. Je ne m’y attendais pas du tout. Il m’a aussi beaucoup surprise parce qu’il mentait. Manifestement c’était un menteur, quand il disait avoir donné des chandeliers à Jean Valjean, et pourtant il me paraissait grandiose. Je retournais en arrière dans le livre pour voir s’il les avait donnés, non il ne les avait pas donnés, alors je repartais vers l’avant, il disait bien qu’il les avait donnés, donc c’était un menteur ! Ça a été ma première ambiguïté morale.

    Comment la maladie que vous appelez « absence » s’est-elle annoncée ?

    M. M. : En quelques mois, à 15 ans. Les choses ont commencé à se brouiller très sérieusement dans ma tête, et je suis entrée dans une « absence à moi-même » qui n’a jamais reçu d’explication médicale satisfaisante. C’était peut-être seulement une crise d’adolescence particulièrement violente. Ma mère dit que je suis devenue bizarre, j’écartais les gens, je ne voulais pas qu’on s’approche trop près de moi. Il paraît que si on me regardait trop fixement, je me cachais les yeux. Et puis ça a empiré… on l’a convoquée au collège pour lui dire qu’on ne pouvait plus me garder, je n’étais pas bien, j’étais malade.

    Et donc elle vous a gardée à la maison ?

    M. M. : Oui, j’ai vu plusieurs médecins, dont l’un voulait me faire hospitaliser immédiatement, parce qu’il pensait à de la schizophrénie. Mais celui qui m’avait suivie toute mon enfance a dit à ma mère qu’il ne pouvait pas y croire, que j’étais tout le contraire d’un tempérament schizoïde parce que j’étais très costaud, très spontanée, je me mettais en colère, j’étais espiègle et active. Et heureusement elle l’a écouté. Donc elle m’a laissé faire. Je me suis cloîtrée dans ma chambre pendant deux ans. Je n’ai presque aucun souvenir de ces deux années-là. Quelques flashs. J’ai l’impression que ma vie à moi commence après.

    C’est alors que vous avez changé de nom ?

    M. M. : Oui, juste après. Et ça a été salvateur : j’étais vraiment quelqu’un d’autre, j’abandonnais ma vieille peau comme un lézard qui mue. J’ai choisi « Myrielle » à cause de monseigneur Myriel, qui avait été mon premier personnage littéraire. Et j’ai cru de bonne foi choisir « Marc » à cause d’un personnage que j’avais créé. Je pense maintenant que cela se rattachait plutôt à mon père, dont le prénom était aussi Marc. J’ai déployé une obstination sans pareille pour imposer cette nouvelle identité autour de moi. L’essentiel était de ne plus porter l’ancien nom, qui était très maléfique. J’avais vraiment l’impression d’un danger ! Je pense que ça a été un réflexe de survie : telle que j’étais, qui j’étais, j’allais droit dans le mur. Il fallait recommencer à zéro si je voulais survivre. Et maintenant quand je pense à cette petite fille d’autrefois, beaucoup plus gaie que moi, beaucoup plus sociable, j’ai du mal à faire le lien entre nous.

    Et vous êtes retournée à l’école après votre maladie ? Vous étiez plus âgée que les autres.

    M. M. : J’avais du retard, mais au lycée il y avait tous les âges, ce n’était pas gênant. Et d’ailleurs j’ai redoublé plusieurs fois, dans ce nouveau parcours. Je n’étais pas très nette encore, je ne pouvais pas sortir sans porter une bande Velpeau, autour du genou ou du poignet... Je ne sais pas pourquoi, ça me rassurait. Et puis j’avais un petit sphinx en bronze que je serrais toujours dans ma main. Ensuite ça s’est tassé… J’ai eu mon bac à 23 ans et je suis devenue instit à la rentrée suivante.

    Vous gardez de bons souvenirs de vos années d’institutrice ?

    M. M. : Oui, je m’entendais bien avec les enfants, j’avais l’impression de ne pas seulement avoir des connaissances à passer mais d’être encore une éducatrice, comme le sont les instits par rapport aux profs. Ils me parlaient de leurs problèmes, j’essayais d’aider… J’ai été contente jusqu’à mon dernier jour de classe, mais après je n’ai pas regretté : je n’ai pas de nostalgie, les maisons, les gens, les cycles de la vie, ça passe… beaucoup de reconnaissance et pas de regrets.

    Quand avez-vous écrit Orfenor ?

    M. M. : La première fois entre 18 et 20 ans, un peu après ma guérison. Quand j’ai repris pied, j’avais 17 ans et demi et c’est là que j’ai écrit, en une semaine, un livre que j’ai appelé le Maudit de Varielles. Maintenant je comprends que je parais ainsi au plus pressé : me recréer un père et une loi. Puis je me suis lancée dans Orfenor, qui avait lui aussi une intention thérapeutique dont je suis maintenant consciente. Il s’agissait, je crois, d’explorer ce qui m’attendait, la société, le rapport au corps, la sexualité, la famille, les choix à faire… la place de l’amour dans une vie… et surtout la « musique » de Tristan et ce qu’il en ferait, pour savoir ce que je pourrais faire, moi, de la force qui me poussait à écrire. J’ai écrit l’histoire d’Orfenor, des heures chaque jour, pendant plus de deux ans. Ça se présentait à l’époque comme un énorme tas de feuilles volantes, carnets, cahiers, et couvrait trois générations. Ça n’avait pas vraiment de titre, parce que dans mon esprit ce n’était pas un « vrai » livre, fait pour être lu. C’était, comme le Maudit, « un livre pour moi » : le tiroir de mon bureau qui les contenait tous les deux portait cette étiquette. Je pense que si j’avais trouvé dans une bibliothèque un livre parlant de tout ça d’une façon qui puisse me satisfaire, je n’aurais pas écrit Orfenor. Ce n’était pas du tout une démarche littéraire. Je m’étais guérie toute seule avec le Maudit, et avec Orfenor je m’enseignais toute seule.

    Et où aviez-vous trouvé tous ces gens si différents, les bohémiens, les bourgeois, les « aristos » ?

    M. M. : Je ne sais absolument pas d’où me vient Orfenor. Maintenant que je suis une vieille dame, je connais toutes sortes de gens. J’ai rencontré des bourgeois, des aristos, des marginaux, et même des bohémiens. Mais à l’époque c’était loin d’être le cas. À part le milieu populaire dans lequel je vivais, je ne connaissais rien du monde. Tout ce que je savais, je l’avais appris dans les livres. J’avais lu tant de choses que j’avais forcément lu des histoires de bohémiens, mais lesquelles ? Je savais d’avance, je savais me mettre dans l’état d’esprit qu’on trouve chez les bohémiens ou les bourgeois. La seule chose sûre, c’est combien peu il me faut pour créer tout un monde. Un rien du tout, s’il me touche, enfante sa planète.

    Toute cette perception de l’adolescence qui traverse Orfenor, vous l’aviez saisie à 18 ans ?

    M. M. : Orfenor a peu changé quand je l’ai réécrit après, je n’ai fait que réparer des naïvetés, comme par exemple ce qui touchait à la sexualité, car j’étais très ignorante sur ce sujet-là quand je l’écrivais. Mais à l’époque ça ne me gênait pas du tout de parler de choses dont je ne savais pas grand-chose : la musique, la sexualité, les rites des bourgeois, la vie dans les camps de manouches... au contraire, j’explorais un monde vierge, j’y étais libre de créer, d’apprendre à travers les gens qui l’habitaient. Je vivais vraiment avec eux tous, j’étais l’un, puis l’autre, ensuite un regard extérieur, et de nouveau l’un… et j’y mettais la même curiosité, le même bon sens que si ça avait été des expériences réelles. C’était très réel pour moi.

    Et plus tard vous avez repris ces feuilles volantes qu’était encore Orfenor ?

    M. M. : Oui, à 35 ans, 15 ans plus tard, j’ai retravaillé ce tas de papiers. Et on ne peut pas dire que ce livre s’est enrichi de tout ce que j’apprenais en vieillissant. Au contraire : il n’a fait que se réduire au fil du temps. Une génération de personnages a sauté, la première, celle des jumelles. Je n’ai pas tapé à la machine ce que je conservais, toujours pour la même raison : pour moi, ce n’était pas un vrai livre. Mais je l’ai recopié tout entier dans une suite de gros cahiers à petits carreaux, écrits très serré. Il y en avait onze. Dix ans encore après (1991, 92) je m’y suis attelée de nouveau, avec l’intention cette fois-ci de le mettre vraiment au propre. Une autre génération a disparu dans l’aventure, la dernière. J’ai fait de ce qui restait une version reliée et je l’ai prêtée autour de moi. C’est à partir de là que j’ai pu constater qu’Orfenor faisait aux gens qui l’aimaient un drôle d’effet : il devait toucher chez eux une corde sensible, je ne sais pas laquelle. Je l’ai alors envoyé à quelques éditeurs, sans succès. Il est retourné dans son tiroir. L’année dernière enfin, presque 40 ans après avoir écrit cette histoire, je me suis décidée. Je me suis ruinée pour m’offrir les services d’une « tapeuse » professionnelle, et j’ai pu retravailler le texte sur mon ordinateur. Je l’ai envoyé chez XO, pas vraiment au hasard mais un peu quand même, parce que j’avais lu un ou deux articles sur le parcours de Bernard Fixot. Je savais qu’il voulait publier pour « les gens de la rue », et qu’il cherchait « des histoires capables de faire rêver », ce qui me semblait convenir à Orfenor.

    Votre premier livre publié, Petite fille rouge avec un couteau, vous l’avez écrit à 14 ans ?

    M. M. : En fait je l’avais commencé à quatorze ans, un an avant d’être malade. Cette première version n’était pas terrible, mais j’y travaillais réellement, je voulais transcrire quelque chose. Je ne me disais pas que je l’enverrais à quelqu’un ni que ça pourrait paraître, c’était une exigence de faire un récit, une démarche littéraire. J’ai repris la Petite fille après avoir écrit Orfenor. Là, je n’ai pas conservé la première version, mais j’ai recommencé avec le même esprit, jusqu’à ce que je l’envoie.

    Pourquoi vous êtes-vous dit « maintenant je voudrais qu’il soit publié », à 30 ans ?

    M. M. : Je crois qu’à ce moment-là j’étais instit, adulte, j’avais une maison, j’étais entrée dans une vie réelle où les actes devaient se poser et avoir des conséquences… puisque j’écrivais, puisque j’avais fini un livre, j’allais l’envoyer et il serait pris, bien sûr ! Je n’avais pas l’ombre d’un doute. Je l’ai envoyé à Gallimard, Le Seuil et Grasset, les trois seuls éditeurs que je connaissais. Grasset a refusé, Le Seuil a accepté et Gallimard a répondu que ça les intéressait mais qu’il faudrait refaire certaines choses, condenser… Alors j’ai été voir Le Seuil.

    Avez-vous bien vécu la parution de cette Petite fille rouge ?

    M. M. : Non, pas vraiment. J’avais voulu, recherché que cet acte ait une conséquence, mais quand il est devenu réel… je n’ai pas aimé ça. Je n’ai pas apprécié qu’on le lie à moi, j’ai toujours détesté qu’on lie l’écrivain à son livre et qu’on parle de lui, qu’on mette sa photo derrière. Le nom pourrait suffire, ce serait encore mieux de mettre un numéro, toujours le même, et de laisser les gens tranquilles, de ne pas les piéger là, pour qu’ils puissent continuer à écrire librement. Ce n’est pas un côté intéressant. Mais tout ce qui concerne le livre est très bien. J’ai reçu beaucoup de lettres pour la Petite fille rouge. J’en ai reçu une il y a quinze jours encore, d’un monsieur de 36 ans qui me parlait de son émotion d’adolescent quand il l’avait lu….

    Comment organisez-vous vos journées ?

    M. M. : Je me lève à 5 heures, à 5 heures 5 avec un bol de café chaud je suis devant mon bureau, et là j’écris, en général ça dure à peu près deux heures, ce sont les meilleures heures d’écriture, c’est là que je crée des choses vraiment, que je sens que c’est net dans ma tête. Après je prends un autre petit déjeuner, je traînasse un peu, je réécris. Le matin c’est l’écriture en fait, je réécris tout en faisant quelques petites choses à moi, il y a le courrier, je passe quelquefois sur Internet, je vais dans le jardin, je vais marcher si la lumière est belle (je suis tout près de la Loire). J’écris à peu près jusqu’au déjeuner et ensuite je sors, je marche, j’écris encore je crois, et puis vers le soir commence ma vie active, je vais voir des gens ou des gens viennent me voir.

    Et quand vous partez en vacances ? Vous allez sur les campings, c’est ça ?

    M. M. : Oui j’attelle à ma voiture une toute petite caravane hors d’âge que j’appelle mon « champignon » et hop, en route. N’importe où. Mais pas très loin ! Je m’arrête chez des amis ou dans des campings sur la côte, face à la mer. J’oriente mon champignon pour voir la mer quand j’écris et là… le roi n’est pas mon cousin ! Toute seule dans cet espace de deux mètres sur trois, avec une grande table qui s’abat et dont je rapproche les deux banquettes pour dormir. Le grand lit occupe les deux tiers du « champignon », à l’avant il y a un petit évier, un gaz que j’ai enlevé parce que je ne mange pas là, et puis des étagères. Pour le café j’ai un petit butagaz, un réchaud qui me sert aussi de radiateur l’hiver, en retournant un pot en terre cuite dessus. Sinon je ne suis pas vraiment une grande voyageuse, j’ai un bout de carte ouest, je descends de Nantes aux Landes et un peu vers l’intérieur des terres.

    Vous donnez l’impression de vivre simplement ?

    M. M. : C’est vrai que je n’aime pas dépenser, j’ai horreur des magasins, je n’aime pas les choses chères. Si j’ai besoin de quelque chose je vais d’abord voir chez Emmaüs, les meubles c’est évident mais les habits aussi, les draps, les rideaux et si je ne trouve pas, je vais chez des soldeurs, sur les marchés. Il est rare que j’entre dans un vrai magasin pour acheter. Quand quelque chose se présente je me demande toujours « Est-ce que j’en ai vraiment besoin ? Est-ce que j’en ai vraiment envie ? » et neuf fois sur dix la réponse est non. Si j’en ai ou envie ou besoin, ou les deux, je l’achète. Et je peux même l’acheter cher si j’ai assez.

    Vous dites qu’Internet vous a été utile ?

    M. M. : Oui, j’y ai appris des tas de choses, et je me suis un peu ouverte au monde, moi qui sors si peu. Sur des forums de généalogie et de littérature, j’ai rencontré des gens qui m’ont plu, qui auraient été mes amis si je les avais croisés dans la rue ou dans un café. Ça ne tient pas une énorme place dans ma vie, quand je ne suis pas chez moi je n’y pense pas, quand je pars en « champignon » je n’y pense plus du tout, mais quand j’y suis, j’aime bien.

    Vous avez dit que vous aviez fait un cheminement vers le renoncement et l’acceptation de la mort ?

    M. M. : Ça a été la deuxième chose à faire dans ma vie. Il y avait l’écriture qui ne posait pas de questions, qui était essentielle, j’étais là pour ça, et après, oui il y avait cette espèce de renoncement, de distance à prendre avec le monde, les gens, une solitude à accepter… et la mort, oui. C’était une chose très importante, et qui m’a définie. Acceptation de la mort, la mienne, celle de mes proches, le passage du temps, le fait qu’on est si peu de chose, que les livres eux-mêmes n’ont pas vraiment d’importance etc.

    Et le plus important dans votre vie a donc été l’écriture ?

    M. M. : L’écriture c’est indéracinable, je ne sais faire que ça… même si je ne crois plus tellement ce que je croyais autrefois, que l’art, la musique, les livres, c’est une des façons de parler de l’histoire du vent et de la déchirure du ciel, celle d’Orfenor justement. Même si je n’y crois pas je continuerai parce que je n’ai pas le choix. Je n’ai jamais pu m’empêcher d’écrire, je n’en ai pas eu envie et même si j’en avais eu envie je n’aurais pas pu.

  • Critiques Presse

    « Les livres qu’on aime beaucoup sont ceux qui tirent une corde en vous. Celle qu’Orfenor fait vibrer n’a pas fini de résonner » Le Parisien, Aujourd’hui en France

    « Envoûtant, musical, du jamais-lu. » Paris-Match

    « Ce grand récit a la vigueur des vents qui aspirent parfois les hommes vers des ailleurs enchantés » Midi Libre

    « Ce roman que l’on dévore d’un seul trait » Elle

  • Avis des lecteurs

L'actualités des Editions XO

Signature :
Guillaume Musso
au Virgin Champs Elysées
jeudi 5 avril à 18h

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