Deux Secondes de Trop

Après le succès de La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi

Rachel Joyce livre un deuxième roman bouleversant, d’une grande délicatesse.

Angleterre, 1972. Byron Hemmings, onze ans, apprend de la bouche de son meilleur ami que deux secondes vont être ajoutées au temps, afin de faire coïncider l’heure officielle avec la rotation réelle de la Terre. Cela le terrifie. Toucher au temps n’est-il pas extrêmement dangereux ?
En petit garçon responsable, il écrit à la BBC, à la Nasa, à son député… Mais personne ne semble prendre la mesure du danger.
Lorsqu’il voit l’aiguille des secondes de sa montre reculer, il se jette sur sa mère, Diana, pour qu’elle en soit témoin. Celle-ci, au volant, a un instant d’inattention.
Et l’irréparable se produit…
La vie parfaite construite par Diana s’effondre peu à peu. Qui en est le véritable responsable ? La fatalité ? Le hasard ? Ou ces deux secondes qui n’auraient jamais dû exister ?

Fragilité des êtres, de l’existence, mais aussi rédemption par l’amitié et l’amour, tels sont les thèmes abordés dans ce texte tendre et poétique.

Interview de l’auteur

Comment vous est venue l’idée de ce nouveau roman ?

En fait, j’ai pensé pendant longtemps à Deux secondes de trop. Plus longtemps encore qu’à Harold Fry. L’idée qu’il y aurait un prix à payer pour atteindre la perfection, et qu’un accident peut modifier toutes les données, notamment le destin de mes personnages principaux, me hantait depuis de nombreuses années. Je voyais clairement Byron et Diana, lui un peu trop grand et fort, elle un peu trop fragile, et je savais que j’avais besoin de découvrir qui ils étaient et ce qui leur était arrivé. J’ai même essayé parfois de les caser dans d’autres histoires mais ça ne sonnait jamais juste parce que c’est à cette histoire-ci qu’ils appartiennent. Ils appartiennent à un mois de juillet anglais très chaud, quand l’air est alourdi par la senteur des fleurs de tabac blanches et que la lande brille dans le soleil de l’après-midi. Ils appartiennent à une saison où les vacances d’été s’étendent, longues et vides, jusqu’à l’horizon. Où les femmes passent des journées entières seules, à s’occuper de la maison et des enfants. Où les enfants inventent des jeux longs et compliqués pour tuer le temps.

Quel en a été le point de départ ?

Il est difficile pour moi de savoir pourquoi je choisis d’écrire certaines histoires. Parfois je ne le comprends que des années plus tard. (Si nous comprenions, aurions-nous besoin de les écrire ?) Mais j’ai un souvenir très précis du jour où la première partie de l’histoire s’imposa à moi. C’était il y a un peu plus de douze ans, après la naissance de mon troisième enfant. Je conduisais ma fille aînée à l’école. Ma seconde fille me disait qu’elle avait faim, qu’elle voulait son petit déjeuner tout de suite, le bébé pleurait et sur le siège à côté de moi était posée l’assiette de petits gâteaux que j’avais faits à l’aube pour le très sélect stand de pâtisserie de l’école. Je conduisais lentement. La circulation était dense. Cela faisait des jours que je dormais à peine. Et soudain j’ai expérimenté un de ces moments où l’on sort de soi-même, où l’on voit toute sa vie sous un autre angle, et j’ai su que si je faisais une erreur de conduite, si quelqu’un se précipitait sur la route, si quelque chose d’inattendu se produisait, je n’aurais ni l’énergie, ni le temps, ni les moyens, ni la présence d’esprit, de m’en sortir convenablement. J’étais au bout de mes possibilités.

J’ai commencé à écrire l’histoire dès mon retour chez moi.
Mais, comme c’est souvent le cas, l’histoire a évolué avec le temps. De nouveaux personnages s’y sont glissés. Des choses que je ne comprenais pas sont devenues plus évidentes. J’ai essayé plusieurs versions avant de trouver la bonne. C’est seulement quand j’ai commencé à écrire cette version-ci que j’ai eu l’intuition que cette histoire n’était ni contemporaine ni citadine. (Dans mon imagination elle était l’une et l’autre.) J’ai décidé de la situer en 1972 – lorsque j’avais dix ans – et c’est à ce moment-là que deux événements se produisirent et me ravirent. Tout d’abord, je retrouvai mon journal intime de 1973 (où il est surtout question de déjeuners scolaires) à la fin duquel j’avais collé une double page du Times énumérant les événements marquants de 1972. Ensuite, en faisant mes recherches sur l’année 1972, je découvris l’addition des deux secondes. Et c’était idéal pour l’histoire, un développement si parfait que je vécus cela comme un cadeau. Ce fut comme pour Harold Fry lorsque j’ai compris la vérité sur David et que toute l’histoire s’est ensuite harmonieusement déroulée.

La géographie de Deux secondes de trop est très importante pour l’histoire et confère au roman une atmosphère singulière. S’agit-il d’une géographie réelle ou imaginaire ?

Le cadre de la lande est fictif. Cranham Moor n’existe pas. Mais – comme pour Harold Fry – je suis sortie de chez moi et j’ai en quelque sorte dessiné ce que j’ai vu. J’ai dû enlever beaucoup de maisons pour trouver ma lande – et l’agrandir – mais j’ai tout de même été inspirée par ce que j’ai la chance d’apercevoir de la fenêtre de mon petit bureau lorsque je regarde les collines. Les évocations de la campagne à l’aube, le ciel de nuit, la prairie recouverte de fleurs sont autant d’éléments de ma propre vie. Il y en a beaucoup, mêlés à l’histoire. Moi aussi je me suis assise près de l’étang, attendant que l’oie ponde son œuf pour que les corbeaux ne l’attrapent pas. Moi aussi, quand j’étais petite, j‘ai construit un pont qui s’est écroulé sous mes pieds. Moi aussi j’ai un porte-clés qui représente un scarabée. Je n’ai pas encore emporté un fauteuil dans les champs mais je le ferai peut-être un jour.

Sous son apparente simplicité, Deux secondes de trop est un roman très riche. Quels en sont selon vous les thèmes majeurs ?

Pour moi, c’est une histoire sur la vérité et la perfection. La blessure de Jeanie est-elle réelle ? Beverly est-elle l’amie de Diana ou sa rivale ? L’accident a-t-il réellement eu lieu ou Byron se l’est-il imaginé ? Quel est le passé de Diana ?
C’est aussi une histoire qui évoque le moment émouvant où un enfant atteint la taille d’un de ses parents et où le parent en question – il ou elle – comprend qu’il est lui-même peut-être encore un enfant. C’est également un roman sur un homme qui a deux histoires distinctes et sur les vertus apaisantes de l’amitié.

On y trouve aussi d’autres thématiques plus complexes. Comment savons-nous que le temps est exact ? Comment savons-nous qu’il n’y a qu’un seul ciel ? Comment pouvons-nous communiquer quand les mots ont des significations si différentes ? Toutes ces questions m’ont hantée pendant que j’écrivais. J’en parlais à quelqu’un l’autre jour et cette personne m’a raconté que, dans certaines cultures, le passé n’est pas derrière nous ; il est devant nous pour que nous puissions le voir. Le futur est derrière parce qu’il est encore caché et inconnu. J’ai trouvé cette idée fascinante. Pour moi, cela représente l’état d’esprit de Byron lorsqu’il comprend que le temps n’est pas nécessairement composé de séquences régulières qui se succèdent les unes aux autres.

Je suppose que c’est aussi un livre sur le chagrin. Je ne pense pas être la seule à parfois me sentir triste, vraiment pas. Mais je sais que c’est une histoire qui vient du plus profond de moi.

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la presse en parle

«Un roman intense et immense…» Le Parisien

«Émouvant et captivant» Femina Suisse

«Son premier roman nous avait épatés, le deuxième était donc attendu avec
impatience. C’est une réussite!» Psychologies Magazine

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