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Diabolique

La descente aux enfers
des « reclus de Monflanquin »

Durant près de dix ans, onze membres d’une même famille, les Védrines, seront sous l’emprise de Thierry Tilly. Cet homme diabolique les isole, les oblige à quitter leurs emplois, accapare leurs biens, les enfermant dans une paranoïa dont personne ne parvient à les faire sortir. Personne, sauf Jean Marchand, le mari de Ghislaine, celle qui, la première, a croisé la route du gourou.

Expulsé de sa propre maison, Jean Marchand se bat pendant neuf ans sans relâche. Grâce à sa persévérance, le manipulateur est enfin démasqué. Arrêté en octobre 2009, Thierry Tilly est condamné en avril 2013 à dix ans de prison.

Malgré les épreuves endurées, Jean, Ghislaine et leurs deux enfants peuvent commencer à reconstruire leur vie.

Dans ce bouleversant récit à deux voix, Ghislaine de Védrines et Jean Marchand racontent leur descente aux enfers et les retrouvailles miraculeuses qui les ont fait triompher du diable.

Interview de l’auteur

Pourquoi avoir décidé d’écrire ce livre et pourquoi à deux ?

Ghislaine : Nous voulions montrer qu’une histoire aussi folle que la nôtre peut arriver, que l’emprise mentale existe, que n’importe qui peut être touché mais aussi qu’on peut s’en sortir. Si j’ai un message à faire passer aux personnes qui sont « à l’extérieur » et qui veulent en aider d’autres qui sont à l’intérieur, c’est « Ne vous découragez pas. Continuez à vous battre. Gardez le lien. Continuez à écrire, même si vous n’obtenez pas de réponse. »

Jean : Cela nous semblait important de livrer un double témoignage. Un témoignage de l’intérieur, qui raconte, étape par étape, le cauchemar qu’ont vécu Ghislaine, nos enfants et la famille pendant presque neuf ans. Mais aussi un témoignage de l’extérieur : celui d’un homme qui, du jour au lendemain, voit disparaître sa femme, ses enfants, sa vie, mais qui décide que ça ne se passera pas comme ça et met tout en œuvre pour les en sortir et les retrouver. Nous en tirons donc un double message. Un message de vigilance à l’égard de toute forme de manipulation mentale. Et un message de combativité contre les escrocs et les gourous de tout poil.

Comment s’est déroulée la première rencontre avec Thierry Tilly ?

Ghislaine : En 1997, lorsque j’ai repris avec quatre autres parents les rênes de La Femme Secrétaire, on me l’a présenté comme un prestataire, le responsable d’une entreprise de nettoyage. C’était la première fois que je le voyais. Cette rencontre ne m’a pas marquée. Puis, les choses se sont faites progressivement. Thierry Tilly venait régulièrement à l’école pour vérifier que son équipe faisait bien son travail. Vincent, l’avocat qui nous l’avait présenté, nous disait constamment que Tilly pouvait nous aider, qu’il avait un carnet d’adresses et que, si on avait un problème, on pouvait compter sur lui. Petit à petit, je me suis mise moi aussi à lui poser des questions lors de ses visites. La situation de l’école était alors compliquée et c’était sécurisant d’avoir à mes côtés quelqu’un qui avait réponse à tout, quelqu’un qui me disait : « Ne vous inquiétez pas, Ghislaine, je m’en occupe. » Bien sûr, il ne s’occupait de rien, mais cela, je ne m’en rendrais compte que bien plus tard. Tilly a pris le temps. Il s’est infiltré comme ça. Si j’avais eu conscience qu’il se déclenchait quelque chose, j’aurais probablement réagi. Lorsqu’il ne trouvait pas de solution, il rejetait la faute sur mon entourage. Un par un, Tilly les a diabolisés. Et puis, il nous a fait croire à un complot. Au fur et à mesure des mois, des années, le danger grandissait. Jean est devenu un ennemi, est devenu dangereux. Tilly nous a fait croire que nos vies étaient menacées et que nous avions besoin de sa protection. Ça a été la terreur. Tilly avait une phrase qu’il prononçait souvent : « Fais attention Ghislaine, si tu ne fais pas ce que je te dis, il y aura de la viande froide. » Et quand vous savez que cette « viande froide », ce peut être vos enfants …

À quel moment Tilly passe-t-il de son statut d’homme à tout faire à celui d’un « super protecteur » aux pouvoirs très étendus ?

Ghislaine : Je dirais lorsqu’il a définitivement quitté la France pour l’Angleterre, en mars 2001. Une de ses phrases était : « Plus je suis loin, plus je suis efficace. » Il nous gouvernait à distance, grâce au téléphone et à Internet, avec les mails et MSN. Quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, on dialoguait des heures entières, ce qui, nerveusement, était horrible.

Comment expliquez-vous qu’une famille entière, onze personnes aient pu tomber dans le piège tendu par Tilly ?

Ghislaine : C’est là où l’on reconnaît le talent fantastique et machiavélique de Thierry Tilly. Tilly a observé cette famille à travers moi pendant deux ans et demi. Il a réussi à se faire un profil de chacun d’entre nous. Au printemps 2000, c’est moi qui l’ai présenté aux membres de ma famille qui sont tous tombés immédiatement sous son charme. Il a construit onze scénarios puis nous a manipulés à son rythme, en intervenant toujours au moment opportun. Il nous a coupés du monde. Il nous a obligés à vivre tous ensemble, d’abord dans les locaux de l’école, puis chez mes frères en Lot-et-Garonne, ou à Oxford, quand nous aurons pris la fuite en Angleterre. Et, chaque fois qu’il le pouvait, il semait la zizanie entre nous. Il nous montait les uns contre les autres. Mais comme on n’avait pas le droit de se parler, on ne s’en rendait pas compte. Si on avait croisé nos versions, ses mensonges n’auraient pas tenu.

C’est allé très loin avec l’histoire de la Transmission. En 2008, alors que nous vivons reclus, de manière précaire dans une maison à Oxford, Tilly nous explique que nous sommes une famille « élue » et que nous avons un magot caché quelque part. Il a besoin d’argent pour continuer à assurer notre sécurité mais pour s’approprier le magot, il faut un code. Quelqu’un parmi nous détient ce code. Il nous a poussés à obtenir des aveux les uns des autres. Ça a été ma belle-sœur, ça a été ma mère, ça a été moi. Mais ce qu’on cherchait n’existait pas. Un de mes frères est sorti de là dans un état absolument fou et c’est comme ça qu’il en est arrivé à se venger sur moi, puisque j’étais celle qui avait introduit le diable dans la maison. Mon frère a failli me tuer.

Jean : C’est là que l’acte d’accusation de « barbarie » prend racine. Car Christine, la belle- sœur de Ghislaine, a été torturée. En fait Tilly voulait, je pense, vérifier que la famille n’avait pas de trésor ou de comptes cachés, qu’ils avaient bien donné tout ce qu’ils possédaient. C’était une technique. N’oublions pas que Tilly avait chez lui des tonnes de romans et de films policiers. Il s’inspirait certainement de tout ça.

Rétrospectivement, qu’est-ce qui a été le plus incroyable dans ce que vous a fait faire Tilly ?

Ghislaine : De tout ce que j’ai vécu, le pire a été de mettre mon mari dehors. Le 7 septembre 2001, après un coup de fil que j’avais passé à Tilly pour l’informer d’un détail, il me dit : « Tu prends chez toi tout ce à quoi tu tiens et tu descends en Lot-et-Garonne. » À aucun moment, avant que je n’arrive là-bas, je ne savais que je devais mettre Jean à la porte. Je l’ai su une demi-heure avant. C’était la technique de Tilly : ne jamais vous laisser le temps de penser par vous-même. On vous bouscule, on vous fait aller de ci, de là, on vous pose mille questions à la fois, et vous avez envie de dire « Attendez, pas si vite », mais c’est toujours l’urgence. La pression, quand on allait chercher de l’argent… c’est quelque chose que je garderai à vie parce que c’était effrayant… L’argent c’est tout de suite maintenant, ça aurait dû être il y a une heure… C’était à chaque fois une question de vie ou de mort. Pour payer Tilly, pour payer ses « services » qui devaient assurer notre sécurité, on a vendu tout ce qu’on possédait, on lui a tout donné.

À certains moments, il vous soumet à des conditions de vie extrêmement difficiles ?

Ghislaine : Oui. Le peu d’argent, le manque de nourriture, le froid parce qu’on n’a plus les moyens d’acheter du fioul. L’absence de lit. En 2001, quand j’étais enfermée à l’école rue de Lille, pendant quatre mois, j’ai dormi à même le sol, sans couverture, sans rien. Mais sur le moment, on ne se pose pas de question. On est en état de survie. Et puis quelque part, quand vous êtes dans des conditions extrêmement dures, je ne dirais pas que vous êtes fier, mais c’est un challenge face à vous-même. Je dois le faire donc j’y arriverai. Et j’en sortirai vainqueur. Et si je dois dormir par terre, eh bien je dormirai par terre. J’avais deux femmes en exemple : ma mère et ma belle-mère. Toutes les deux avaient été séparées de leur mari pendant la guerre. Et elles étaient restées droites dans leurs bottes. Elles s’étaient battues, elles avaient vécu elles aussi des moments difficiles. Et elles étaient reparties dans la vie l’une et l’autre avec leur mari.

Jean : C’était effectivement la guerre, il ne faut pas l’oublier. On doit faire, quand on est en danger de mort, des choses qu’on ne ferait pas dans la vie courante. Mais c’est la survie qui en dépend. C’était aussi la guerre pour moi. Celle que je subissais et celle que je menais contre Tilly.

Est-ce que vous pouvez identifier un moment clé qui vous aurait fait basculer, comprendre que vous étiez sous emprise ?

Ghislaine : À la fin de l’année 2008, on a été fragilisés par une émission de radio. On écoutait Jacques Pradel qui décrivait, dans son émission Café crimes, les critères sectaires. Tout d’un coup on a entendu des choses qui ressemblaient à ce que nous vivions. On s’est regardés mais très vite on s’est dit « Non, Tilly ne nous fait pas ça, pas Tilly. » Mais ça a laissé une trace. Je ne dirai jamais assez merci à la presse et à la médiatisation.
Jean, qu’est-ce qui vous a donné la force de vous battre pendant toutes ces années ?

Jean : Quelque chose de très simple. On n’abandonne pas sa famille, sa femme et ses enfants, vingt-cinq ans de vie, dans une situation aussi terrible. On met tout en œuvre pour les en sortir. Mon moteur, c’était l’action et la conviction que j’y parviendrais. Bien sûr, sur une aussi longue durée, il y a des moments où l’on doute, où l’on est colère, des moments où l’on revit, où l’on fait autre chose et puis des moments de révolte aussi, où l’on se dit « Je vais laisser tomber. » Mais, même si je ne savais pas qui j’allais retrouver, c’était impensable de les abandonner.

Comment vivez-vous aujourd’hui après toute cette histoire ? Qu’est-ce qui a changé dans votre manière d’appréhender la vie ?

Ghislaine : Comment vit-on après ça ? Avec des moments où tout va très bien et des moments où tout va très mal, parce qu’il y a une chose dont on ne se décharge jamais, c’est la culpabilité. Il faut apprendre à vivre avec ça sur les épaules. Si seulement on pouvait effacer ces dix ans, je serais la première à donner la gomme pour le faire. Tilly m’a volé dix ans de vie, dix ans d’affection. Oui, il m’a volé dix ans.

Jean : Cette histoire a changé beaucoup de choses. En bien et en mal. L’aspect négatif, c’est quand même une espèce de fragilité, de vulnérabilité et de méfiance. Sans parler de tout l’aspect matériel puisqu’on a perdu beaucoup. L’aspect positif c’est que nous nous sommes retrouvés et qu’on a appris à savourer chaque instant de bonheur commun. À se parler sans limites. Se dire des choses qu’on ne se serait peut-être jamais dites. Quand nous nous sommes retrouvés avec mon fils en mars 2010, je lui ai parlé comme je ne lui avais jamais parlé avant. Maintenant, on ne rate aucune une occasion de se dire des choses qui pourraient paraître naïves ou impudiques. Se dire qu’on s’aime par exemple.

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la presse en parle

« Un document pour comprendre les mécanismes d’emprise mentale qui, chaque année, détruisent des milliers d’individus. »
Ouest-France

« Ce témoignage, livré à deux voix, fait froid dans le dos. »
L’Alsace

« Un récit édifiant où l’amour sort vainqueur… »
Pleine Vie

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