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Jeanne d’Arc

« Souvenons-nous toujours, Français, que la patrie chez nous est née du cœur d’une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu’elle a donné pour nous. » Jules Michelet

La guerre de Cent Ans fait rage. Le royaume coupé en deux, promis à l’Angleterre, se déchire. Au cœur de cette France meurtrie, une voix émerge, celle de Jeanne. Jeune fille pieuse, elle entend les saintes l’appeler à être cette Pucelle dont les prophéties font état, celle qui mènera le dauphin Charles au couronnement. Jeanne sacrifie tout à sa foi et entraîne derrière elle quelques paysans, des seigneurs, puis une armée et enfin le « gentil Dauphin » lui-même.

Pour nous conter l’incroyable épopée de cette jeune fille de France, Max Gallo prête sa plume à l’un des compagnons de route de Jeanne. Tour à tour attendri, sceptique, médusé, cet écuyer assiste à la mue d’une « vachère » en prophétesse aux convictions inébranlables. C’est sous son regard que Jeanne, guidée par sa seule foi, convainc les puissants et conduit le
dauphin Charles au sacre. C’est auprès d’elle que nous croupissons en prison, c’est sous nos yeux qu’elle est brûlée vive.
Dans ce récit exceptionnel, le jeune écuyer saisit le miracle de Jeanne, la pucelle qui a incarné l’espérance, celle qui, au cœur de la guerre de Cent Ans, a redonné foi au roi et à son peuple.

Interview de l’auteur

Vous publiez un grand récit sur Jeanne d’Arc qui retrace sa vie et son combat, qu’est-ce qui vous a attiré pour explorer ce grand mythe ?

On ne peut pas s’intéresser à l’Histoire de France – ce qui est mon cas depuis des décennies – sans s’intéresser à la personnalité de Jeanne d’Arc. Elle a joué un rôle majeur à un moment où la France était déchirée à la fois par une guerre étrangère et une guerre civile.
Guerre étrangère, puisque nous sommes dans la période de la guerre de Cent Ans, au début du XVe siècle et que les Anglais veulent faire du royaume de France une France anglaise.
Or, sur le territoire de ce qui deviendra la France d’aujourd’hui ces Anglais disposent d’alliés, les Bourguignons. C’est en ce sens que je parle de guerre civile, même si le mot est un peu excessif. Le traité de Troyes, signé en 1420, a fait du jeune roi d’Angleterre, Henri VI, le futur roi de France. À Paris, en Bourgogne, en Aquitaine, dans les pays de Loire, les Anglais ont des alliés. Cette situation enlève au dauphin Charles tout moyen de faire reconnaître sa légitimité. Il n’a pas été sacré à Reims et est contraint de se réfugier à Chinon.
Or, dans cette situation dramatique, l’action d’une jeune fille de France, dont on dit qu’elle est fille de paysans, bergère, qu’elle vient de Lorraine, va être décisive. C’est elle qui va bouter les Anglais hors de France. « Souvenons-nous toujours, Français, que la patrie chez nous est née du cœur d’une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu’elle a donné pour nous. », écrit Michelet dans sa Jeanne d’Arc.
Voilà pourquoi je me suis intéressé à Jeanne d’Arc.

Pourquoi avez-vous choisi de nous raconter son histoire à travers la plume de Guillaume de Monthuis, écuyer du seigneur de Baudricourt qui a accompagné Jeanne dès les premiers instants de son épopée ?

J’ai voulu rendre vivante une période fort éloignée de nous, le début du XVe siècle. Jeanne d’Arc est née vers 1412 à Domrémy et est morte en 1431 à Rouen. Il nous faut nous imprégner de la culture de l’époque si l’on veut saisir le rôle, la place, l’audience de Jeanne d’Arc. C’est une culture où les « inspirés », les personnes qui entendent des voix, sont extrêmement nombreuses, où on brûle des sorcières chaque année. Le meilleur moyen de donner vie à ces années était d’avoir un témoin dans l’entourage de Jeanne d’Arc, témoin qui nous relate ce qu’il voit, ce qu’il entend. Je le place là où il faut pour qu’il nous fasse entendre le climat de l’époque, l’opinion de l’époque. Grâce à lui, je peux remettre en scène Jeanne d’Arc, raconter son épopée, son combat, faire comprendre les difficultés qu’elle a rencontrées et pourquoi elle a eu ce parcours. Ce témoin privilégié me permet d’expliciter en somme ce qu’un livre d’histoire classique nous explique mais sans réussir souvent à donner de la chair aux personnages et à la situation.

Guillaume de Monthuis évoque par instants des rumeurs selon lesquelles Jeanne aurait pu être instrumentalisée ?

Tous les historiens, tous les auteurs – de Péguy à Claudel… – qui se sont intéressés à Jeanne d’Arc ont été frappés par le rôle qu’a joué cette jeune femme de 17 ans. De nombreuses hypothèses ont été élaborées, elle aurait été endoctrinée par des moines, elle était peut-être de famille royale, etc. Évidemment, je veux qu’on puisse entendre ces hypothèses, mais en même temps, je veux m’en tenir dans le récit à ce qui est historique. Il est vrai que Jeanne d’Arc se trouvait à Orléans au mois de mai 1429, et il est vrai que c’est grâce à son action que les Anglais ont été obligés de lever le siège d’Orléans le 8 mai 1489, et cette date est devenue la fête du patriotisme français.

Comment expliquez-vous l’immense renommée de Jeanne d’Arc, de son temps comme des siècles plus tard où, avant même sa béatification, elle apparaît comme un mythe national ?

Jeanne d’Arc s’est inscrite dans un climat mystique de sorcières, de personnes inspirées, de prophéties. D’autre part, le peuple français souffre énormément de la situation dans laquelle il se trouve. La région des marches, de Domrémy, de la Châtellenie de Vaucouleurs, constitue une frontière entre les territoires qui sont encore sous le contrôle du dauphin de France, Charles VII, et ceux qui sont aux mains des Bourguignons. La population est donc constamment menacée par les raids de routiers anglo-bourguignons qui viennent saccager les récoltes, voler le bétail, commettre des homicides. Ainsi la population de Domrémy est contrainte de se réfugier à Vaucouleurs. Dans ce contexte si particulier, chacun aspire à la paix et affirme son patriotisme. On attend que le dauphin Charles puisse chasser ces Anglais. Ces aspirations concernent aussi bien la Lorraine qu’Orléans. En effet, tous ont conscience que si Orléans assiégée tombe aux mains des Anglais, une route s’ouvre et une jonction devient possible avec les autres Anglais qui se trouvent dans le sud-ouest de la France. Désir de paix, affirmation d’un patriotisme, et espoir prophétisé de voir surgir quelqu’un qui serait capable de bouter les Anglais se conjuguent donc pour constituer ce climat nécessaire au jaillissement de la popularité de Jeanne d’Arc.
En revanche, au cours du XVIIIe siècle, l’ère des lumières, de la raison, Jeanne d’Arc est profondément critiquée. Voltaire, qui a publié La Pucelle en 1672, écrit : « Jeanne est une idiote hardie qui se croyait une inspirée. » Tout au long de ce siècle très souvent anticlérical, les critiques du parti philosophique fusent. Dans le contexte du XVIIIe siècle, Jeanne d’Arc n’est plus une personnalité qui rassemble.
C’est à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, dans les années 1830-1850, alors que se réaffirme un patriotisme qui s’enracine dans l’avant Révolution française, que l’on s’intéresse de nouveau à la personnalité de Jeanne, jusqu’à l’ériger en symbole du patriotisme, du sacrifice. C’est alors que Michelet redonne vie au personnage de Jeanne d’Arc, lorsqu’il écrit son Histoire de France. Il aura un impact tout à fait capital sur sa perception.
Puis la guerre de 1914-1918 se fait dans l’union sacrée des Français. Cela achève de rendre une place éminente à Jeanne d’Arc. Elle est béatifiée en 1909 et sanctifiée par Benoît XV en 1920. C’est également en 1920 que le deuxième dimanche de mai est décrété fête de Jeanne d’Arc, fête nationale du patriotisme. Mais à ce moment-là, il y a de nouveau une contradiction entre ceux qui honorent Jeanne d’Arc, simple jeune fille de France croyante, et mettent l’accent sur le patriotisme populaire, et ceux qui au contraire insistent sur l’aspect miraculeux de l’action de Jeanne d’Arc.

On peut retrouver cette ambivalence au cours de son procès. Peut-on considérer que Jeanne d’Arc a été à la fois une victime politique et une victime religieuse ?

Elle est victime de la somme de ces deux tendances. Tout d’abord, en brûlant Jeanne d’Arc, les Anglais veulent brûler la légitimité du dauphin qu’elle a réussi à faire sacrer à Reims le 17 juillet 1429. C’est à cet instant-là que Charles VII est devenu par les initiatives de Jeanne d’Arc le roi légitime. Si les Anglais réussissent à faire juger Jeanne d’Arc comme une sorcière, la légitimité du dauphin Charles VII sera par là-même combattue. C’est l’aspect politique. Mais ce but politique ne peut être atteint que si elle est présentée comme une sorcière. Là, entre en jeu le deuxième aspect : les intérêts de l’Église, notamment de l’université de Paris, de l’évêque Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, qui eux veulent démontrer – et c’est le sens du premier procès de Jeanne d’Arc en 1431 – que Jeanne d’Arc est une sorcière. C’est alors qu’intervient l’affaire des habits d’homme. Ils vont l’acculer, de manière à ce qu’elle accepte de reconnaître qu’elle est une sorcière, ou en tout cas qu’elle n’a pas entendu des voix. Si Jeanne a un moment de faiblesse, elle se reprend ensuite.
Elle est ainsi la victime de l’Inquisition, puisque c’est un tribunal d’inquisition. Les aspects politiques et religieux se rejoignent.
C’est pour cela qu’un nouveau procès se déroule de 1451 à 1456. En 1456, Jeanne est réhabilitée, la première sentence est annulée. Mais entre ces deux procès, Charles VII a, pour des raisons politiques, abandonné Jeanne d’Arc à son sort. Certes, il a soutenu l’idée d’un procès en réhabilitation, mais dans un premier temps, il préfère négocier avec les Bourguignons de façon à briser leur alliance avec les Anglais. Après son sacre, il va mener contre les Anglais une guerre plus diplomatique que militaire. D’une certaine manière, comme elle l’avait prévu, Jeanne d’Arc au bout d’une année a accompli son rôle, comme un météore qui parcourt le ciel de France.

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