Petite fille rouge avec un couteau

« Ça, c’est mon carnet à secrets, celui qui le trouve gare, parce que celui qui lit mes secrets dedans, je l’estourbis. Alors gare. Mes secrets, c’est l’Empire. »

Cet Empire, cette enfance, ce sont les nôtres : le rêve, l’espoir, la force et l’évidence du bonheur ¬ aussitôt menacé qu’entrevu, peu à peu grignoté par le temps qui passe qui s’écroulent un beau matin puisqu’il faut bien que les rêves et les enfances finissent.

Mais si l’histoire est grave, le livre est drôle car la petite fille ignorera jusqu’à la fin sur quelle galère elle vogue et se défendra crânement : elle a la langue bien pendue, beaucoup de vigueur et ce fameux petit couteau…

Myrielle Marc a commencé à écrire Petite fille rouge avec un couteau à l’âge de 15 ans. Elle habite au bord de la Loire et dit qu’« écrire est la grande aventure de sa vie ». Elle est l’auteur, aux éditions XO, d’Orfenor, du Maudit et des Portes de Louviers.

 

Interview de l’auteur

Votre prochain roman, Petite fille rouge avec un couteau, a un titre pour le moins original et intrigant. A mi-chemin entre la Guerre des Boutons et le journal intime, vous dites avoir commencé à l’écrire à l’âge de 15 ans. Comment vous en est venue l’idée ?

_ J’ai commencé ce livre un peu plus jeune encore.
Il y avait un vieux château près de chez moi, et tous les gamins du quartier s’y retrouvaient pour jouer (de façon beaucoup plus informelle que dans le livre. Il n’y avait pas d’ « Empire », pas de lois, pas de règles.) Quand j’ai eu une douzaine d’années on a commencé à évoquer la vente de ce domaine abandonné, et les immeubles qu’on y construirait. J’ai eu envie de parler de lui avant qu’il ne disparaisse : des ruines, des champs, du petit lac, de nos jeux. Ecrire était déjà ma façon de m’exprimer, je le faisais depuis mes sept ans : j’ai donc abandonné mes histoires de fées habituelles pour parler du château et de son petit peuple d’enfants. Très maladroitement : par bribes sans lien entre elles. Une bataille, une dispute, la découverte d’un souterrain, des jeux…les petites scénettes se sont ainsi accumulées pendant deux ou trois ans, parfois réelles, parfois inventées. Il n’y avait pas d’histoire à proprement parler, mais déjà l’ « Empire » se créait, avec ses lois, ses générations d’enfants et ses rêves.
Plus tard, j’ai été malade, longtemps, et à la sortie de cette maladie, à 17 ans, j’ai écrit « Le Maudit », en une dizaine de jours, puis « Orfenor », en trois ans.
C’est après Orfenor que j’ai repris cette histoire de château. Là, j’avais 20 ans.

Votre roman est écrit à la première personne. On ne peut donc pas s’empêcher de faire le rapprochement entre l’héroïne et l’auteur. Cette petite fille rouge avec un couteau, c’est vous ?

Non, pas vraiment. Les premières versions du livre donnaient d’ailleurs la parole à l’instituteur, et un peu plus tard au Chevalier noir devenu grand. Et tous les deux, quand ils parlaient, savaient ce qu’ils voulaient dire. Ils racontaient vraiment une histoire, consciemment, avec un début et une fin, comme le font les adultes.
Quand j’ai eu l’idée de faire parler l’un des enfants, et au jour le jour pour qu’il n’ait pas conscience de sa propre histoire, je me suis sentie beaucoup plus à l’aise. Il y a une sorte de logique interne dans un livre en gestation : vous cherchez, vous tâtonnez, et quand brusquement vous trouvez le bon chemin, vous le sentez. C’est une sensation toujours extraordinaire !
J’ai d’abord fait parler Yveline (celle qui surveillait l’Empire du haut d’un arbre), puis cette fillette en rouge, une sympathique petite peste que je trouvais beaucoup plus drôle. J’ai adoré lui chercher un langage qui corresponde à sa nature directe et vive, et le faire évoluer lentement avec elle.
Après, bien sûr, on se laisse entraîner, je ne fais pas exception à la règle : cette enfant s’est retrouvée porter certains de mes souvenirs à moi : son amour des livres, ses premières « histoires », et sa fantasque grand-mère. Mais elle n’est pas la seule, et d’autres enfants du groupe ont hérité eux aussi, sans que j’en sois consciente à l’époque, de vieux oripeaux à moi. J’ai aimé aussi évoquer, à travers eux, le petit quartier très simple où j’avais grandi. Mais je ne faisais ni mon portrait ni celui de ma famille. Je n’avais pas de frère, par exemple, et surtout je n’avais ni la droiture ni la naïveté de cette enfant-là.
En fait je voulais parler d’un enfant : n’importe quel enfant. Celui que nous avons tous été, vous et moi, quand nous croyions encore… « à des tas de choses », comme dit la petite fille.
C’est bien pour ça que je n’ai pas voulu lui donner de prénom.

Petite Fille rouge est votre premier roman, il a été publié pour la première fois il y a un peu plus de trente ans – il a d’ailleurs remporté à l’époque le prix Alice Louis Barthou de l’Académie française. Pourquoi une réédition aujourd’hui ? Quelle place a ce livre dans votre bibliographie ?

_ Le Seuil a publié ce livre en 1977 et l’a fait paraître ensuite dans sa collection de poche. Mais depuis très longtemps ils ne le suivaient plus, et n’ont pas souhaité le rééditer lorsqu’il a été épuisé.
Bernard Fixot, qui a publié mes livres suivants, Orfenor, le Maudit et Les portes de Louviers, m’a proposé de reprendre celui-ci.
Tous les écrivains, je crois, ont un petit faible pour leur premier livre. Moi aussi, et je suis très heureuse que celui-ci ne disparaisse pas.

Parlez-nous de votre malle de manuscrits ?

_ Cette « malle » a d’abord été un tiroir de mon bureau d’écolière, puis un gros carton au fond d’un débarras, puis une cantine de fer rouillée dans un garage… maintenant c’est une vraie malle en bois.
J’en ai absolument besoin parce que je travaille par versions successives. Lorsque l’idée d’un livre me vient je vis quelques années avec elle sans rien faire de plus. Nous faisons connaissance lentement. Puis j’écris une première version. Je la mets dans la malle, et le temps passe. Quelques semaines, quelques mois, quelques années, cela dépend. Un jour, je la ressors. Je la relis, je la brûle, et j’en écris une autre. Etc, etc… certains de mes livres ont passé trente ou quarante ans dans cette malle, en aller et retour successifs.
C’est au cours de ces voyages que le livre trouve sa forme définitive : journal, conte, roman… et son style, qu’il engendre lui-même : châtié ou non, allusif ou non…
Mais il arrive toujours un moment où je sens que c’est fini : c’est la dernière version, parce que je ne pourrai pas m’approcher plus près de l’idée de ce livre que j’avais au départ. Si j’en faisais une nouvelle version, je m’en éloignerais au contraire.
C’est pour cela que je ne publie pas dans l’ordre d’écriture, et que ma malle contient aujourd’hui beaucoup de manuscrits, certains que je referai si je vis assez longtemps pour ça, d’autres que je n’ai pas envie de publier, pour diverses raisons, quelques-uns aussi que je ne trouve pas dignes de l’être.

Vous êtes un écrivain atypique dans le paysage littéraire français : vous publiez peu mais vous écrivez toute la journée, vous n’hésitez pas à atteler votre roulotte à votre vieille AX et à quitter les bords de Loire pour écrire ailleurs, et, en même temps, vous dites qu’Internet a changé votre conception de l’existence. Comment vous accommodez-vous de votre statut « d’écrivain libre » dans le monde actuel ?

_ J’ai toujours beaucoup écrit, parce que je ne peux guère faire autrement. Mais tout n’est pas bon à publier, loin de là.
Internet n’a pas vraiment changé ma façon d’aborder l’existence, mais il m’a ouvert le monde. Je ne suis pas timide, seulement très solitaire, et je vis dans un petit village que je n’aime pas quitter ; Internet m’a permis de rencontrer des gens que je n’aurais jamais croisés sans cela. Virtuellement d’abord, puis « en vrai », parfois. J’avais déjà des amis, mais le cercle s’est agrandi. Et puis, au travers des articles, des blogs, des forums, je me suis passionnée pour la vie et la pensée de gens très différents de moi.
J’aime beaucoup partir écrire ailleurs que chez moi, c’est vrai, dans ma caravane miniature. En particulier lorsque je bute sur une scène, un chapitre, une fin. Quand on quitte son décor habituel, le monde du livre qu’on écrit peut prendre toute la place.
En tant qu’écrivain, je suis libre parce que je n’ai pas d’ambition, et que j’écris d’abord pour écrire. La suite de l’aventure (publication, critiques…) est une autre histoire. J’écrirais même si personne ne devait jamais me lire, alors… le reste est anecdotique. Sauf lorsqu’un lecteur, pour boucler la boucle, m’écrit à son tour : ça, c’est merveilleux.

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