Sky

Dans l’enfer vert du Vietnam naît une amitié extraordinaire entre Sky, un Apache enrôlé dans l’armée américaine, et un jeune reporter français de dix-huit ans. « Tu raconteras mon histoire », lui avait fait promettre Sky. Patrick Chauvel nous livre l’histoire de cette amitié qui les a menés de la jungle à Paris dans les années 70 ; une spirale des fous qui s’achèvera sur les terres des Indiens Chiricahuas.

C’était il y a 35 ans, Patrick était un jeune photographe intégré dans une patrouille de soldats américains, dans cette guerre du Vietnam qui annulait des vies et anéantissait toutes les certitudes. C’est là qu’il l’a vu pour la première fois. Immense, des yeux gris clair, le visage peint encadré par des cheveux noirs et longs. Sky Eyes, L’Apache, l’a fixé un court instant puis a disparu.

Disparaître faisait partie de sa mission, il dirigeait l’un des fameux commandos d’infiltration, les « lurps », petits groupes autonomes que redoutaient tant les Nord-vietnamiens. Là-bas, la moindre erreur de choix peut être fatale, et lui, qui n’a jamais eu le choix, dans cette jungle, maîtrisait le destin de six hommes.

Le jeune reporter ne savait pas qu’il allait devenir cet ami extraordinaire, ni qu’il avait été choisi : « Tu raconteras mon histoire », lui disait Sky. La folie a fait d’eux des frères, et c’est du Vietnam à Amsterdam, de Paris aux monts Chiricahuas de l’Arizona, et bien plus loin encore qu’ils sont allés. Pour Patrick, Paris était sa ville, sa jungle urbaine, il pensait pouvoir y maîtriser la vie de cet Indien et lui offrir un choix. Mais l’amitié ne peut rien contre un destin.

Il s’appelait Sky Eyes, il rêvait d’être un aigle.

Interview de l’auteur

Comment cette histoire a-t-elle rejailli ? Est-ce en travaillant sur Rapporteur, en faisant ce travail de mémoire, ou a-t-elle toujours été présente, mais en filigrane ?

Avec Rapporteur de guerre, j’avais besoin de me débarrasser de tous les reportages vécus durant mes trente dernières années, m’en débarrasser pour arriver à l’essentiel : le roman d’une rencontre. Je me suis replongé dans des souvenirs très forts, très puissants, que j’avais gardés ensevelis.

J’avais promis à Sky que je raconterai son histoire, qui était devenue la « nôtre ». Je l’ai toujours eue en moi, j’en ai parlé peu dans ma vie, très peu. Alors que j’écrivais Rapporteur de guerre, je suis revenu sur le Vietnam dans un des chapitres et là elle s’est imposée à moi.

Je l’avais évoquée devant seulement deux ou trois personnes. Un soir j’ai raconté cette histoire à une personne, de minuit à sept heures du matin. C’était la première fois que je la développais autant. D’un seul coup, j’étais dans l’urgence. C’était parti, c’était sorti. Les chiens étaient lâchés. Un vrai retour en arrière, une chute en arrière. Où je me suis retrouvé nu face à mes émotions.

En quoi cette rencontre avec Sky Eyes, éclaireur dans les forces spéciales de l’armée américaine au Vietnam, va être si unique pour vous ?

Ce qui est déterminant pour un reporter ce sont les aventures et les gens qu’il rencontre. Avec Sky, cela se situe à un autre niveau. C’est un type qui m’a tout de suite offert son amitié, que j’ai refusée au début. Il voulait que je raconte son histoire. Et, d’un seul coup, quand il s’est aperçu que j’acceptais d’être son ami, l’aventure est devenue complètement délirante mais courte, puisqu’elle s’est déroulée sur trois ans. Je n’ai jamais retrouvé ça dans ma vie, mais je l’ai soigneusement évité aussi. Une fois, ça suffit. Ça s’est fini dramatiquement. Il m’a fallu trente ans avant d’en parler.

Aucun journaliste n’est à l’abri d’une amitié sur le terrain, mais c’est très dangereux. Sur un plan plus général, dans une vie d’homme, une amitié comme ça vous fragilise. Parce que l’osmose qui s’installe fait que tout ce qui arrive à l’un met l’autre en danger aussi.

Il y a une charge très forte. Il y a un pacte qui s’est créé entre vous. Plusieurs fois il vous dit : « Un jour tu raconteras ».

Oui, il m’a donné la responsabilité de raconter sa vie. Et ce n’est pas un cadeau. Il n’était plus là pour me répondre, et je ne pouvais plus me mettre en colère contre lui. J’étais tout seul avec son histoire. C’est lourd. Avec notre histoire. Tout seul.

Pensait-il que vous l’écririez un jour quand il disait : « Tu la raconteras ».

Je pense qu’il imaginait que je la raconterai comme je l’ai fait quand je suis allé dans la réserve d’où il venait, au Nouveau Mexique. J’y ai mimé l’histoire trois soirs de suite, en dansant, en hurlant. Les Indiens chantent, dansent, et parlent de leurs aventures, ils ne les écrivent pas. C’est une tradition orale où à chaque récit, l‘histoire est embellie. C’est dans cet esprit que j’en ai fait un roman. Il m’a choisi pour jouer ce rôle-là.

Vous sentez-vous apaisé aujourd’hui, avez-vous le sentiment d’avoir rempli ce contrat en écrivant ce livre ?

Ça m’a vidé. J’attends de voir, ce sont les lecteurs qui vont faire vivre Sky, ce sont eux qui vont faire que cela se perpétue comme les Indiens le veulent, par la voix, le bouche-à-oreille. Alors, j’aurai bien rempli ma mission.

Souvent, ces histoires-là sont initiatiques. Raconter par les chants, dans la tradition indienne, a pour but la transmission, l’initiation. En quoi cette histoire peut-elle être pour le lecteur une transmission ?

C’est d’abord montrer la fidélité, la ligne de conduite de cet Indien, et, en même temps, mettre en avant… qu’il n’a jamais eu le choix de sa vie. Raconter un destin, une vie pleine de symboles. Pour les Apaches, une tradition guerrière est respectée dans l’histoire de Sky. Et puis les Indiens croient beaucoup en la fidélité, en l’amitié – une parole donnée est une parole donnée, et en racontant aujourd’hui, je tiens ma parole. On ne s’est jamais trahis.

Il y avait quelque chose de naïf peut-être, mais de très pur. Et de très fort, de très romantique, dans cette histoire. La transmettre est bien également parce qu’elle fait partie d’un héritage.

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la presse en parle

« Un beau livre, haletant et bouleversant. »
Le Monde des Livres

« Un extraordinaire voyage au bout de soi. »
France Soir

« Un livre émouvant où l’auteur semble plus fragilisé par cette amitié que par la cruauté des affrontements sur le terrain. »
Le Télégramme

« Un récit extraordinaire de puissance, de violence et d’amitié. »
L’Alsace

« Une écriture à couper le souffle, acérée comme un poignard »
Paris-Match

« Une histoire envoûtante, qui court comme une légende dans les monts du Chiricahuas. »
Le Figaro

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