Trois enfants du siècle

Trois enfants du siècle pris au piège de leurs antagonismes et de leurs désirs

France a vingt ans, elle est belle et vit dans le XVIe. Sur les Champs-Élysées, elle fait la connais­sance de Salim, une « racaille ». Elle l’invite à une soirée où elle doit retrou­ver Matthias, fer­vent adhé­rent d’un grou­pus­cule d’extrême droite.

La ren­contre entre les deux jeunes hommes est explo­sive. Surtout lorsqu’ils se ren­dent compte que pour France, il n’est pas ques­tion de faire un choix : elle veut cou­cher avec eux deux, ensem­ble, sinon rien. Un périlleux ménage à trois com­mence.

Salim et Matthias par­vien­dront-ils à passer outre leurs convic­tions, leurs idées reçues, leur méfiance ? Et France, que veut-elle exac­te­ment ?

Dans ce roman au ton réso­lu­ment pro­vo­ca­teur, Cyril Massarotto dresse le tableau d’une société tra­ver­sée par des aspi­ra­tions contrai­res. Un texte ancré dans une réa­lité brute, décrite sans fard.

Interview de l’auteur

Ce roman très cru, qui  diffère beaucoup de vos derniers textes, met en scène deux personnages qu’a priori tout sépare : Salim et Matthias.  Existent-ils vraiment ? Pourquoi avoir choisi de les mettre en scène ?

 Je n’ai pas réellement créé Salim et Matthias, car ils existent vraiment. Je les connais depuis que je suis enfant. J’ai changé leurs prénoms bien sûr, mais cela fait des années que l’idée de les raconter dans un roman m’animait : deux gamins qui n’étaient pas si différents sont devenus, avec les années, des hommes tellement opposés que j’ai toujours voulu comprendre pourquoi. Pourquoi l’un de mes coéquipiers au foot s’est un jour rasé la tête pour devenir skinhead ? Pourquoi l’autre s’est-il tourné vers la religion, peu à peu, finissant par remplacer sur son mur Facebook  les clips de rap par des sourates du Coran ?

Les vrais Salim et Matthias sont restés mes amis ; je les vois, je les écoute, nous nous parlons. Eux, bien entendu, ne se voient plus depuis longtemps, mais je voulais depuis des années les réunir dans un roman. Il manquait seulement le troisième enfant du siècle : heureusement le hasard a mis France sur le chemin de mon livre.

 

Parlez-nous un peu de France, le personnage féminin de ce trio. Qui est-elle ? 

Un jour, une connaissance m’a dit : « J’ai une amie que tu devrais rencontrer : elle a dix-huit ans à peine, mais elle a vécu dix fois ma vie, tu pourrais en faire une héroïne de roman ! ». J’ai  été intrigué. Sans trop savoir pourquoi, j’ai donc rencontré cette jeune fille qui m’a simplement raconté son vécu. J’ai été à la fois passionné et stupéfié par son récit et l’intelligence et le naturel avec lesquels elle me racontait des choses à ce point intimes, sexuelles, violentes — comme si elle savait avant moi que j’en ferais un livre. Et bien que ces éléments soient à l’opposé de ce que j’ai écrit jusqu’à présent, j’ai su qu’elle allait devenir France, le troisième enfant du siècle de ce livre : celle que j’attendais depuis longtemps pour devenir le ciment qui allait lier Salim et Matthias.

France est un personnage plus complexe qu’il n’y paraît : jeune femme riche, intelligente, d’une beauté rare et à la sexualité débridée, elle devrait normalement être inaccessible à Salim et Matthias qui ne sont pas de son monde ; pourtant, elle choisit de se donner à eux. Pourquoi ? Ses motivations sont troubles, est-elle nymphomane ? auto-destructrice ? ou cherche-t-elle à affirmer son pouvoir dans une forme de féminisme extrême ?

 

France est-elle une allégorie ?

Au-delà du personnage, je n’ai bien sûr pas choisi son prénom par hasard, il faut y voir une allégorie d’une société française d’aujourd’hui. France a tout ce qu’il faut pour être heureuse, mais elle est tiraillée entre deux extrêmes hypnotisés par ses atours, et elle ne veut — ou ne sait — pas choisir. Ce ménage à trois peut tenir un temps car chacun retient ses envies primales pour ne pas tout détruire, mais cela peut-il durer éternellement ? Deux radicalités qui prennent de plus en plus d’importance peuvent-elles se pacifier d’elles-mêmes, éviter l’affrontement, le choc ?

 

C’est un livre coup de poing, que l’on pourrait qualifier de provocateur. Quelle est votre position de romancier ?

Dans ce livre, j’ai tenu à faire entendre fort les voix de ces enfants du siècle, mais pas la mienne : pour la première fois, je ne me suis pas donné le premier rôle. Je craignais les réactions concernant les scènes de sexe qui sont assez crues ; pourtant dès que je l’ai fait lire, ce sont d’autres aspects qui ont provoqué les réactions les plus fortes. En racontant la vérité de mes personnages, en livrant leur discours de façon brute, sans filtre, simplement avec les mots qu’ils utilisent, ce sont la plupart des sujets qui fâchent en France qui se retrouvent abordés : le racisme, l’Islam, l’immigration, l’antisémitisme, l’omniprésence de la violence et une nouvelle forme de lutte des classes…

Cependant, ma position de romancier vis-à-vis de mes personnages est celle qu’elle a toujours été : j’aime à trouver l’humanité en eux, même dans leurs actes les plus extrêmes ; je cherche toujours un peu de lumière dans leur sombre vision de ce siècle. Ils sont mes amis et je ne peux m’empêcher d’essayer d’être en empathie, d’avoir du respect pour eux. C’est plus fort que moi : je suis sans doute un stéréotype moi aussi, Cyril l’humano. C’est pourquoi j’ai voulu mettre en lumière France l’aristo, Matthias le facho et Salim l’islamo, pas dans le but d’expliquer, mais simplement de dire. Car ils sont nombreux : une grande partie des enfants d’aujourd’hui.

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