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Le Fou d’Ariane

Un soir, un vieux monsieur un peu fantasque fait vœu de pauvreté. Il vide la maison de ses meubles et entraîne toute sa famille dans l’aventure : sa femme, l’austère Émilie, la silencieuse Laure, sa bru, et cinq petits-enfants dont Ariane, jeune fille aux sombres secrets, et Véronique, la plus jeune, à l’âme claire.

C’est elle qui raconte l’histoire. Ils habitent la maison du vent, nous dit-elle, une vieille demeure nichée au flanc d’une montagne perdue. C’est aussi la maison d’un certain bonheur, parce qu’ils s’aiment, ces exclus.

Autour d’eux, la forêt, qui les garde, abrite aussi quelques sortilèges, et un personnage redoutable, le Fou. Or il ne fait pas bon croiser le Fou dans la montagne. Peut-être même faut-il éviter d’y croiser Ariane…

Avec ce nouveau roman, Myrielle Marc nous plonge dans le monde des faux-semblants, dissimulant derrière les couleurs ensorcelantes des lieux et la façade des liens familiaux, une sinistre vérité.

Interview de l’auteur

Comment est né Le Fou d’Ariane ? Pouvez-vous nous raconter son histoire ?
Le Fou d’Ariane a eu la même histoire que mes autres livres. Et cette histoire est assez mystérieuse. En tout cas pour moi. Je ne sens jamais un livre s’installer en moi. Il me tourne plutôt autour. Et ses émissaires ne sont pas des personnages, ce sont des lieux, des maisons, des paysages, des impressions. Le Fou d’Ariane a d’abord été une forêt, sombre et assez inquiétante, puis une vieille maison, qui avait été belle, mais semblait très délabrée, et enfin une petite pauvresse cherchant des baies. Un matin, l’enfant a eu un prénom : Ariane. Forcément Ariane, aucun autre prénom ne pouvait convenir. Puis une petite sœur, qui l’accompagnait parfois dans la forêt.
Pendant tout ce temps-là j’écrivais un autre livre, qui m’habitait, lui, depuis longtemps. (Il s’appelait Bribes, et il est encore dans ma malle à manuscrits.)
Après, je ne saurais dire. Ces ombres de livres ont leur vie propre, tout près de moi, mais sans mon intervention. Un jour, mystérieusement, tout se précise. Je sais qui est Ariane, où elle habite, ce qu’elle va porter de violence et de détresse, et avec qui elle vit. Cette apparition est toujours très rapide.
À partir de là j’écris, je me raconte l’histoire à moi-même, un peu au hasard – si je fais fausse route je perds l’envie d’écrire sans savoir pourquoi, donc je recule, et je reprends là où j’avais pris un mauvais chemin.
Je n’ai pas d’idée préconçue. Je ne sais pas quel est le sens de l’histoire que j’écris, et en fait, pour moi elle n’en a pas. Elle se déroule.
Le manuscrit atterrit ensuite dans ma malle. Je l’oublie : je suis passée à un autre livre.
Deux ans, cinq ans, dix ans après je le reprends, sans savoir d’où vient le signal, et je recommence. Nous avons changé, le livre et moi, chacun de notre côté, il faut refaire connaissance, puis reprendre notre chemin ensemble. Il retourne ensuite dans la malle, jusqu’à la prochaine fois…
J’ai écrit Le Fou d’Ariane en 1977. Je l’ai repris en 1985, puis en 1998, et enfin en 2010. Là, il était fini. Mais je venais de publier plusieurs livres chez XO entre 2004 et 2012 (Orfenor, Le Maudit, Les Portes de Louviers, Petite fille rouge avec un couteau) et je n’avais pas envie de publier encore. J’avais absolument besoin d’années de silence, d’oubli, et de repli dans mon petit terrier.

On trouve des points communs avec Orfenor, votre premier roman publié chez XO il y a seize ans : un grand-père fantasque, la maison du vent, les cinq petits-enfants et beaucoup de tensions et de mystères…
C’est bien possible, même si je n’en avais pas conscience en écrivant l’histoire d’Ariane, en 1977. Quand Ariane est venue à moi, Orfenor dormait dans un fond de tiroir depuis une quinzaine d’années, et il allait y rester encore presque trente ans. Je ne le considérais pas du tout comme un vrai manuscrit à proposer plus tard. Certains de ses thèmes devaient m’habiter encore : le grand-père, sans doute, encore que celui d’Ariane ne soit pas aussi flamboyant que celui d’Orfenor ; des enfants à demi-orphelins, occupés à grandir ensemble ; et les choix que chacun d’eux devra faire.

Vous explorez dans ce roman un choix de vie à rebours de notre société consumériste. Vous inscrivez cette histoire en pleine Seconde Guerre mondiale et pourtant le message reste moderne et actuel.
Mais je pense qu’à toutes les époques des gens se sont interrogés sur ce choix-là. Parfois cela remonte brutalement à la surface de la société, comme en 68, ou actuellement à cause des ravages causés à la terre, mais c’est une préoccupation constante. Faire vœu de pauvreté, ou de chasteté, ou de solitude… il y a toujours eu de ces gens qu’on appelle « fous », ou « sages », suivant ce qu’on en pense soi-même.

Dans votre roman on regarde le monde à travers les yeux d’une enfant, Véronique. Y a-t-il un rapprochement à faire autre l’auteur et l’héroïne ?
Certes non. Je ne suis jamais personne dans mes livres, ou alors tout le monde – comme tous les écrivains je suppose.
Et je ne crois pas que Véronique soit l’héroïne. Elle est plutôt celle qui raconte. Il fallait un petit cœur simple pour effleurer, sans trop comprendre, les orages et la colère d’Ariane. S’il y a un héros dans l’histoire c’est plutôt le Fou, ou ce qu’il représente : la part d’ombre que s’est ménagée le monde. Véronique le dit, une fois. Parce qu’il lui arrive, même à elle, d’avoir de vagues soupçons sur ce qu’elle côtoie.

Quelles sont vos influences littéraires, filmographiques ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Alors là, je n’en ai aucune idée ! J’ai beaucoup lu, toute ma vie, mais un peu de tout. Je vais très rarement au cinéma. Et l’inspiration… vraiment, je ne sais pas. Je vis, c’est tout. Et je regarde les gens vivre.
Je suppose que ma forme d’esprit me pousse à traduire ça en mots. Et je vis sur deux plans : ma vie à moi, très simple, silencieuse, où il ne s’est jamais passé grand-chose ; celle de mes livres, tous mes livres, très agitée au contraire. Que de gens, que d’aventures, que de vies différentes dans tant de paysages ! Ces gens que je trouve merveilleux, ou méprisables, ou ennuyeux, ils ne me quittent jamais vraiment. Même ceux des vieux livres d’il y a cinquante ans, même ceux des livres encore à finir. Nous sommes toujours beaucoup, eux et moi.

Vous êtes un écrivain atypique avec une écriture particulière : vous publiez peu mais vous écrivez toute la journée, avez-vous une routine ou êtes-vous totalement libre ?
J’écris le matin, très tôt. Tous les matins de ma vie. Ensuite, ça dépend de mes humeurs et de mes envies. Je peux écrire toute la journée (avec des pauses, quand même !) ou ne reprendre ma plume que le soir. Et puis « écrire », ce n’est pas seulement tracer des signes sur une feuille. C’est penser aux gens que je côtoie dans le livre, me demander ce qu’ils feraient si… et si… Et comment vont tourner les choses pour eux ?

Pouvez-vous en dire plus sur votre malle à manuscrits ? Et pensez-vous offrir un autre roman prochainement à vos lecteurs ?
Cette malle est bien ce que j’ai de plus précieux chez moi, à mes yeux. Elle est pleine d’histoires qui attendent leur tour d’émerger – ou pas. Il y a de tout là-dedans, des nouvelles, des romans, des notes prises au fil de la vie depuis soixante ans.
Tous ces manuscrits ont une petite pastille de couleur, qui décidera de leur sort futur, si je prends congé avant d’en avoir disposé moi-même.
Si la pastille est verte, c’est que j’avais l’intention de proposer ce livre à un éditeur. Il faudra essayer de le faire à ma place.
Si elle est orange, c’est que je n’étais pas sûre du tout que ce soit fini, ni que ça vaille la peine d’être publié ; il faudra attendre que le temps ait passé, voir si quelqu’un a envie de lire ce que j’ai pu laisser, et demander à des personnes impartiales si ça vaut la peine d’être édité.
Rouge, il faudra brûler immédiatement, déchirer, enfouir, anéantir !
Et nier que ça ait jamais existé !
J’ai confiance en la personne que j’ai choisie pour s’occuper de ma malle après moi. Mais j’espère, quand même, avoir le temps de m’en occuper moi-même.
Quant à publier assez vite un autre roman, ça, je ne sais pas. Peut-être, peut-être pas. Il va falloir qu’un éditeur (et si possible, le mien !) en ait envie. Et même dans ce cas il faudra encore que je me sente prête à retenter l’aventure.

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