Le Sourire du Diable

« Bienvenue à Marshalsea, môssieur… »

Londres, 1727 : le jeune Tom Hawkins, qui a refusé de devenir révérend comme son père, ne vit que pour le jeu, la bière, les femmes. Criblé de dettes, il est envoyé à Marshalsea, une prison des bords de la Tamise où sont réunis les débiteurs de la ville.

Dans cette prison, l’argent décide du sort de chacun. Les plus riches, comme Tom, mènent une vie de château – ou presque – avec lingerie et domestiques. Ils ont même droit à une taverne ! Les autres croupissent dans l’aile insalubre et coupe-gorge de l’établissement.
Dans ce monde souterrain impitoyable, Tom Hawkins affronte des personnages plus avides, fourbes et cruels les uns que les autres. Il ne peut faire confiance à personne. Surtout pas à son compagnon de cellule, l’ironique Samuel Fleet, qui incarnerait le diable !

Sa rencontre avec la séduisante Kitty Spark pourrait bien tout changer…

Une plongée aussi réjouissante que terrifiante dans les bas-fonds de Londres, au XVIIIe siècle

« Une intrigue délicieusement machiavélique » The Sunday Times

Interview de l’auteur

Le Sourire du diable est votre premier roman. Pourquoi avoir choisi d’écrire un roman historique ?

Il s’agit de mon premier roman publié. En vérité, j’avais déjà écrit un autre livre, très différent du Sourire du diable. Il était constitué de lettres et d’extraits de journaux intimes, et a fini par m’échapper complètement ! J’en avais situé l’une des parties dans les années 1720. Je me suis rendu compte avec surprise que cette décennie avait été négligée à la fois par les historiens et par les romanciers. Ce point m’a intriguée, d’autant qu’il s’agit d’une époque (à mon avis) importante et riche. Londres était devenue depuis peu la plus grande ville du monde. C’était un endroit dangereux, exaltant, où régnait une relative liberté de pensée.

Lorsque Voltaire a été exilé de Paris en 1726, il s’est rendu directement à Londres. C’était vraiment la ville où il fallait être quand on voulait débattre de nouvelles idées. On pouvait aussi se distraire en allant voir au théâtre une pièce satirique ou, pourquoi pas, s’enivrer dans l’une des six cents tavernes londoniennes.

En même temps, l’Angleterre souffrait toujours des conséquences de la première grande faillite financière des temps modernes : l’effondrement de la Compagnie des mers du Sud. Or, quand j’ai commencé à travailler sur le projet du Sourire du diable, c’était au début de l’année 2010, soit dix-huit mois après la crise financière mondiale de 2008.

J’étais curieuse d’en savoir plus sur cette période qui comportait autant de parallèles évidents avec notre propre époque. C’est toujours un grand plaisir de constater qu’il existe des similitudes aussi frappantes entre les différents siècles. C’est hélas parfois aussi une immense tragédie.

Vous offrez une reconstitution saisissante de Londres au xviiie siècle et plus particulièrement  de la prison pour débiteur de Marshalsea. Comment avez-vous travaillé ?

J’ai eu la chance de pouvoir consulter d’excellentes sources primaires, à savoir des documents contemporains. D’abord, le journal intime tout à fait fascinant d’un certain John Grano, emprisonné à Marshalsea de 1728 à 1729. Il a décrit quelques-uns des détenus qui apparaissent dans le roman, comme Trim, le barbier et Sarah Bradshaw, la propriétaire du salon de café. Il y avait même une Française, Madame Migault, qui prédisait l’avenir (une personne assez désagréable, j’en ai peur).

Et il y avait bien sûr le gouverneur de la prison, William Acton. C’était un homme charismatique, mais aussi une vraie brute. On le qualifierait sans doute de « sadique » aujourd’hui. Il torturait les prisonniers qui se conduisaient mal (alors que la torture était proscrite depuis déjà plus d’un siècle), et il a également dérobé les dons destinés à aider les détenus les plus pauvres. Des centaines de débiteurs enfermés à Marshalsea sont morts de faim, de maladie ou des suites de mauvais traitements. En 1729, Acton a été jugé pour le meurtre de quatre prisonniers, et j’ai pu avoir accès aux minutes du procès.

En outre, j’ai trouvé très agréables les heures passées à la British Library, à demander des documents anciens et à feuilleter toutes sortes de récits de l’époque. Les pamphlets abondaient dans les années 1720 ; tout le monde avait une opinion sur tout. Comme aujourd’hui, vous me direz… Quand j’ai commencé mes recherches, je me suis aperçue qu’il existait une mine d’informations à ma disposition.

Au-delà du roman historique, vous avez construit un roman à suspens. Pourquoi avoir choisi le thriller pour parler de cette période ?

J’adore les romans policiers, parce qu’ils permettent d’aborder les grandes questions d’éthique à travers la narration. J’aime les intrigues bien ficelées comportant de nombreux rebondissements. C’est un tel plaisir de les concevoir, tout en s’interrogeant sur le choix et le destin, sur la vie et la mort, sur le bien et le mal…

Vous savez, les ouvrages les plus populaires à l’époque étaient les biographies de criminels. Les condamnés à la pendaison racontaient leur histoire à ceux qu’on appellerait aujourd’hui des « nègres ». Le livre était ensuite vendu au moment de leur mise à mort, pour assurer un revenu à leur famille, ou peut-être juste pour la gloire. Daniel Defoe a rédigé certaines de ces biographies avant d’écrire Moll Flanders, qui est considéré aujourd’hui comme l’un des tout premiers romans modernes. On pourrait donc dire que le crime et le suspense s’imposent tout naturellement au genre romanesque !

Vous mettez en scène une galerie de personnages hauts en couleur. Pouvez-vous nous en parler ?

Mon personnage principal s’appelle Tom Hawkins. Son père est révérend à la campagne, et Tom était censé devenir lui aussi un homme d’Église. Mais il a la passion du jeu et des mœurs assez libertines. Au début du roman, il est renié par sa famille après un incident malheureux dans un bordel. Il me semble juste de dire qu’à ce moment de l’histoire, Tom avance dans la vie sans repères ni but. Il a eu de la chance jusque-là, ce qui l’amène à confondre chance et destin ou chance et talent. C’est seulement lorsque sa chance tourne qu’il doit se confronter à l’homme qu’il est réellement. (Dans la mesure du possible, car il aime bien boire quelques verres.) Il est encore tout jeune, il vient d’avoir vingt-cinq ans. Si j’ai de l’affection pour lui, je reconnais néanmoins qu’il avait besoin d’une bonne leçon.

Vient ensuite Samuel Fleet, avec qui il va partager une cellule, et dont l’ancien compagnon de cellule a été assassiné. Tout le monde soupçonne Fleet de l’avoir tué, mais personne ne peut rien prouver. On le surnomme le « diable », à sa plus grande joie. C’est un homme intelligent et dangereux, qui s’ennuie facilement – une combinaison aussi redoutable que fascinante.

Quelles lectures vous ont influencée ? À quelle famille d’écrivains pensez-vous appartenir ? 

Quand j’étais petite, je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Il y avait une bibliothèque de village au bout de ma rue, et moi j’étais comme une petite souris qui en dévorait les trésors. En Angleterre, on punit souvent un enfant en l’envoyant « dans sa chambre » (peut-être faites-vous la même chose en France ?) Mais ce genre de menace n’a jamais fonctionné sur moi, car j’y étais toujours fourrée, le nez dans un bouquin. Ma punition, c’était plutôt d’être obligée d’aller jouer dehors, au soleil… (L’horreur !)

Maintenant que je suis adulte, je me rends compte que j’ai puisé mon inspiration dans des romans individuels plus que chez des auteurs spécifiques. Ma liste s’allonge sans cesse, mais j’aimerais citer, entre autres : Frankenstein, de Mary Shelley ; L’Ami commun, de Charles Dickens ; Les Vestiges du jour, de Kazuo Ishiguro, A place of Greater Safety, d’Hilary Mantel, La Constance du jardinier, de John Le Carré. (J’adore aussi les romans où il met en scène Smiley : George Smiley est l’un de mes enquêteurs préférés.) Oh, et bien sûr, La Main gauche de la nuit, d’Ursula K. Le Guin ! Ainsi qu’une bonne centaine d’autres titres. C’est pour cette raison que j’ai du mal à choisir une « famille » d’auteurs : ils ont été tellement nombreux à m’inspirer ! Et je ne vous ai pas encore parlé de mes autres sources : musiciens, artistes, réalisateurs de films…

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la presse en parle

“[Un] thriller historique (…) résolument romanesque et érudit. Dans cette atmosphère poisseuse peuplée de personnages troublants, l’intrigue s’en révèle un véritable piège : on n’a d’autre choix que de suivre docile, les lignes subtiles et sinueuses tracées par un auteur machiavélique.”
Marie Rogatien, Le Figaro Magazine

“Marchant sur les traces de Dickens, Antonia Hodgson signe un polar historique vivant et passionnant.”
Florence Rajon, Maxi

“Un polar historique aux ambiances hallucinantes.”
Elsa Margot, Avantages 

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