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L’Assassin de la rue Voltaire

Meurtres à la Comédie-Française

Août 1789. La Révolution continue d’embraser le pays. Alors qu’à Versailles, les députés rédigent la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, le jeune journaliste Gabriel Joly, endeuillé, peine à retrouver le goût de vivre. Mais une étrange affaire de meurtres va peu à peu le tirer de sa torpeur…

Dans le cercle très secret de la Comédie-Française, une série d’assassinats ébranle la troupe. Les uns après les autres, des comédiens et des employés sont tués en plein théâtre.

Alors que Danton lui-même est soupçonné, Gabriel, aidé du pirate Récif, son fidèle ami, mène une véritable enquête policière dans les coulisses de la célèbre institution.

Vrais et faux témoignages, poursuites… Dans un huis clos infernal, réussira-t-il, cette fois, à démasquer l’auteur de ces crimes odieux ?

Après le succès du Loup des Cordeliers et du Mystère de la Main rouge, une nouvelle enquête haletante de Gabriel Joly en pleine Révolution.

Interview de l’auteur

Avec L’Assassin de la rue Voltaire, vous nous entraînez dans les coulisses de la Comédie-Française, théâtre d’une mystérieuse série de meurtres. Pourquoi avoir choisi ce lieu ?

Il était presque obligatoire, pour moi – dans la série des aventures de Gabriel Joly – de consacrer au moins un roman à cette vénérable institution, non seulement parce qu’elle m’est chère, mais aussi parce qu’elle a été profondément marquée par la Révolution française. La troupe était installée à l’époque dans l’actuel théâtre de l’Odéon, et donc en plein quartier des Cordeliers. Or, c’est ici que vit non seulement notre héros, Gabriel, mais aussi nombre des grandes figures de l’insurrection parisienne, tels Danton, Desmoulins, Momoro et même, plus tard, Marat. Ainsi, par sa proximité, la Comédie-Française fut naturellement emportée par cette tempête. Non seulement le bâtiment abrita quelques émeutes restées célèbres, mais les sociétaires eux-mêmes s’entredéchirèrent ! Les uns, qu’on surnomma les « rouges », se déclarèrent favorables à la Révolution, et les autres, les « noirs », voulurent rester fidèles au monarque. Cette lutte intestine conduisit la troupe jusqu’au schisme quand les « rouges » décidèrent de quitter l’Odéon pour aller s’installer au théâtre de la République, lequel allait devenir, en 1799, le siège qu’occupe encore aujourd’hui la Comédie-Française !

C’est un Gabriel Joly plus offensif que jamais que vous mettez en scène. D’où lui vient cette soudaine assurance ?

Cette assurance soudaine, en réalité, cache un trouble profond, pour ne pas dire une dépression. À la fin du roman précédent, Le Mystère de la Main rouge, Gabriel a vu mourir dans ses bras la jeune femme dont il était éperdument amoureux. On le retrouve donc, au début de celui-ci, endeuillé, dévasté et transformé. Le jeune journaliste des premiers tomes, aimable, tendre, lumineux, brillant quoiqu’un peu gauche et parfois délicieusement naïf, se retrouve soudain envahi par la peine, la colère, le dépit et, surtout, par une terrible soif de vengeance qui met à mal son empathie passée. Après avoir découvert l’amour, Gabriel a donc découvert la mort. Demain, peut-être, la trahison. Toute la question est de savoir s’il sortira grandi de ces épreuves, ou s’il en sortira brisé…

Ce roman prolonge votre chronique de la Révolution française. On croise de nouveau Danton mais, cette fois, dans une bien mauvaise posture. Où en est-on de ces journées qui font basculer la France ?

Après la chute de la Bastille dans Le Loup des Cordeliers et la nuit du 4 août dans Le Mystère de la Main rouge, c’est au tour de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de servir de toile de fond historique aux aventures de Gabriel. Ce texte annonce la naissance d’une société nouvelle. En dignes héritiers des Lumières, les députés y gravent les valeurs essentielles auxquelles, plus de deux siècles après, les Français restent toujours profondément attachés : la liberté, la résistance à l’oppression, l’égalité devant la loi, la séparation des pouvoirs… Les débats que ce texte à la résonnance internationale ont suscités lors de sa rédaction son absolument passionnants, et notre chère Théroigne de Méricourt, fidèle spectatrice de la salle des Menus Plaisirs, y assiste dans le roman avec autant d’espoirs que de craintes…

Comment avez-vous travaillé pour reconstituer avec cette précision le fonctionnement de la Comédie-Française à cette époque ? Les métiers de l’ombre, le rôle des comédiens dans l’organisation du théâtre, toute cette « machinerie » est fascinante….

Comme pour les précédents romans, il m’a fallu réunir une documentation considérable pour essayer de rendre aussi fidèlement que possible la vérité historique. Je le confesse, ce travail est loin d’être un fardeau pour moi, c’est un immense plaisir, au moins autant que celui d’écrire ! Jusque là, je n’avais de la Comédie-Française qu’une connaissance très superficielle mais, d’essais en articles, de rencontres en visites, je me suis passionné pour son histoire, ses secrets, ses traditions, ainsi que pour le fonctionnement d’un théâtre tout entier en ce temps-là, ses dessus et ses dessous, ses coulisses et l’envers de son décor ! J’ai eu la chance de profiter également des lumières de deux spécialistes aussi érudites que généreuses, Agathe Sanjuan, conservatrice-archiviste de la Comédie-Française, et Juliette Caron, responsable des ressources documentaires de l’Odéon. Grâce à elles, j’ai pu me plonger avec délectation dans des documents d’époque, des livres de compte, des plans détaillés des bâtiments, des procès-verbaux, des mémoires, j’ai pu me promener dans les couloirs que parcourt Gabriel Joly dans le roman, monter au grenier, descendre dans les caves et m’imprégner, malgré les nombreuses transformations que les lieux ont connues, de cette atmosphère si particulière. Enfin, une fois n’est pas coutume, j’ai eu la surprise de découvrir que l’un des plus grands spécialistes de l’histoire du théâtre français au XVIIIe siècle était… américain ! Jeffrey S. Ravel, professeur d’histoire à l’Institut du Massachusetts, a codirigé le Programme des Registres de la Comédie-Française, une entreprise colossale de numérisation des registres journaliers de la troupe, depuis sa fondation en 1680 jusqu’au XIXe siècle, offrant au public la possibilité de consulter en ligne les procès-verbaux d’assemblée, les registres de feux, de recettes, de dépenses… Un véritable trésor, qui se lit comme un roman, et où l’on découvre, ému, les lignes manuscrites des plus grandes légendes du théâtre français !

En choisissant un huis clos vous portez le suspens à son comble. Ce n’est pas sans rappeler Agatha Christie. Vous êtes un fan ?

Bien sûr ! Après Alexandre Dumas et Stephen King, elle est très certainement l’auteure que j’ai le plus lu pendant mon adolescence. La plupart des romanciers qui écrivent un polar aujourd’hui savent combien le genre doit à la reine du crime, et L’Assassin de la rue Voltaire est, très explicitement, un hommage à Agatha Christie et au genre qu’elle a immortalisé : le whodunit*, comme disent les Anglais… Des meurtres, des indices, des coupables potentiels, et une course de vitesse entre le lecteur et l’enquêteur pour identifier l’assassin ! Mais les amateurs de littérature populaire, j’en suis certain, reconnaîtront aussi le deuxième auteur à qui ce roman adresse l’expression de mon admiration : Gaston Leroux et son impérissable Fantôme de l’opéra ! Comment ne pas songer à ce monument quand on met en scène une série de meurtres mystérieux qui s’abat sur un théâtre et que, des troisièmes dessous jusqu’au gril, on cherche son énigmatique coupable ? La série de Gabriel Joly ne se résume certes pas à ces hommages au roman populaire, mais cette facette-là me tient beaucoup à cœur : c’est, pour moi, une façon d’affirmer que l’on peut aborder des sujets assez sérieux (la liberté et les dérives que sa sacralisation peut entraîner, la puissance politique de la désinformation, la trop longue histoire des inégalités entre hommes et femmes…) tout en se laissant emporter par la légèreté d’un divertissement. Défendre l’idée que le partage complice de nos plaisirs nostalgiques est sans doute un médiateur aussi inoffensif qu’efficace entre les habitants de cette petite planète…

* Contraction de « Who has done it ? », que l’on peut traduire par « Qui l’a fait ? » (sous-entendu le crime).

Dans votre roman, on retrouve avec joie Théroigne de Méricourt. Les femmes sont-elles pour vous les grandes ignorées de la Révolution française ?

Elles en furent en tout cas les grandes perdantes ! La Révolution, à laquelle elles participèrent pourtant activement, parfois même en première ligne, ne leur offrit que bien peu de satisfactions : elles obtinrent certes l’égalité des droits à la succession, l’abolition de la tutelle paternelle et maritale et le droit au divorce, mais le droit de vote leur fut refusé, ainsi que l’accès aux nombreuses charges prestigieuses réservées aux hommes. Pire : très rapidement, elles furent exclues des délibérations publiques, on leur interdit de rejoindre non seulement l’Assemblée, dont seules les tribunes des spectateurs étaient ouvertes à celles qu’on surnommait les « tricoteuses », mais on leur refusa aussi l’accès à la garde nationale, à la Commune de Paris, aux comités locaux et à la grande majorité des associations politiques… Parmi les grandes figures féminines qui ont marqué la Révolution, il en est une pour laquelle j’ai une affection particulière, et c’est en effet la liégeoise Anne-Josèphe Terwagne, surnommée Théroigne de Méricourt. Son histoire, son parcours et son destin tragique m’ont toujours beaucoup touché, et je me suis permis d’en faire un portrait quelque peu romancé, embelli certainement par l’amour que je porte à cette petite paysanne de Liège qui eut mille vies, traversa mille épreuves avant de se jeter à cœur perdu dans la vague révolutionnaire, pour y lever le poing au nom des millions de femmes qu’on refusait d’entendre…

Après une telle aventure, laisserez-vous Gabriel Joly souffler un peu ?

Eh bien, à vrai dire, oui, mais pas trop longtemps ! Après trois romans en trois ans, j’ai en effet décidé d’accorder à Gabriel une année sabbatique bien méritée, pendant laquelle je vais écrire un roman qui me travaille depuis quelques années : un polar flirtant légèrement avec l’occulte et allègrement avec le mystère, dont l’action se situe en 1925 dans les brumes d’une petite île anglo-normande, et dont le personnage principal, justement, est une femme. Mais mon cher Gabriel Joly ne paie rien pour attendre car, à peine cette infidélité pardonnée, je reviendrai frapper à sa porte, dès l’an prochain, pour le conduire vers sa quatrième aventure. Lors, en cette célèbre journée du 5 octobre 1789, il se retrouvera au milieu des milliers de femmes marchant sur Versailles, cocarde à la boutonnière, et un nouveau défi l’obligera, une fois de plus, à enfiler son costume de journaliste d’enquête !

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la presse en parle

« [Gabriel Joly] va devoir faire preuve de sa légendaire sagacité pour démêler une énigme riche en rebondissements qui donne l’occasion de visiter le Français sous un jour inhabituel, caves et décors inclus. De La Fayette à Mirabeau, des personnages historiques apparaissent dans ces pages, Danton étant même soupçonné dans l’affaire. Au-delà du réjouissant huis clos, la plongée dans la période de la Commune est particulièrement réussie. »
Isabelle Lesniak, Les Échos

« Le polar historique s’étant imposé comme un sous-genre à part entière, il n’est pas illégitime de placer Henri Lœvenbruck parmi ses avisés orchestrateurs. Il le démontre avec son nouveau roman. (…) On se laisse volontiers prendre au jeu, la précision dont use l’auteur, mais aussi la sobriété de son style aidant. » Stéphane Bugat, Le Journal de Saône-et-Loire

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