Fräulein France

« Fallait pas les laisser entrer ! »
Arletty

Septembre 1940. Après la débâcle, l’Occupation commence.

A Paris, les Allemands profitent de tous les plaisirs. Au Sphinx, la célèbre maison close, l’arrivée d’une nouvelle pensionnaire fait sensation. Mademoiselle France est d’une beauté troublante. Elle ne «monte» qu’avec le gratin de l’armée allemande.

Que cache-t-elle derrière son apparente froideur ? Rien de ce qu’elle fait ou dit n’est laissé au hasard.

Fräulein France a sa propre guerre à mener…

Romain Sardou revient avec un roman historique sans concession, magistralement construit. Il y incarne les compromissions d’une frange de la haute société parisienne, mais aussi les errances d’une époque et l’héroïsme qui en est né.

Interview de l’auteur

Votre nouveau roman se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale à Paris et met en scène les milieux collaborationnistes. Pourquoi avoir choisi cette période ?

Des images d’archives filmées par les Allemands lors de leur entrée en France en mai 1940 m’ont beaucoup frappé, il y a une quinzaine d’années. On y voyait des Français souriants qui venaient à la rencontre de l’ennemi juché sur ses Panzers avec du vin et du saucisson, les accueillant à bras ouverts dans leurs villages. Bien sûr, il s’agit de films de propagande tournés par la Wehrmacht ; pour autant, l’idée que des Français aient pu trouver à se réjouir en 1940 de la défaite française (cette « divine surprise » comme devait l’écrire Maurras après la prise de pouvoir de Pétain) m’a intrigué. D’abord parce qu’elle me paraissait insensée. Révoltante. Ensuite (et tout est parti de là), parce qu’elle était bien réelle.

Que voulez-vous dire ?

Pour moi, le collabo avait une image bien campée : un mélange d’opportunisme, de lâcheté, de haine et de crapulerie, ou l’égarement d’un pauvre hère dépassé par les événements. Ce collabo naissait après la défaite éclair face à l’Allemagne et au cours d’une adaptation forcée à la nouvelle donne de l’occupant.J’allais découvrir d’autres Français que je connaissais très mal. Ceux qui, bien avant 1940, en étaient arrivés à détester la France, à vomir la démocratie et la troisième République, et qui préféraient l’écroulement général du pays au statu quo. Pour eux, même si c’est inconcevable à nos yeux aujourd’hui, Hitler représentait un espoir, une chance de tout rebâtir, après des décennies de frustrations et de décadence.Bien entendu, ces hommes et ces femmes n’imaginaient pas la Shoah, ni le mal inhérent à toutes les thèses nazies. C’était des Français avec des problèmes français.C’est à Jean Guéhenno et à son Journal des années noires que je dois d’avoir trouvé la voie. Il écrit en juillet 1940, juste après la mise en place du gouvernement de Vichy : « Nous en sommes là. Une haine de cinquante années pense aujourd’hui tenir sa revanche. (…) Ainsi le malheur de la France est-il pour tel groupe de Français l’occasion d’une victoire qu’ils n’osaient plus espérer. La République a perdu, ils ont donc gagné. (…) Tout ceci n’est qu’un règlement ignoble de politique intérieure. »Une haine de cinquante années ?J’entrai soudain dans l’histoire de l’Occupation par une toute nouvelle porte…

Qui est France, votre héroïne, au cœur de cette Occupation ?

Elle a dix-neuf ans en juin 1940. En apparence, elle est simplement le produit de son éducation et de son époque. Comme sa famille, elle a perdu la foi dans la politique et dans les hommes corrompus qui l’incarnent, elle a horreur des affaires et de la finance qui lui paraissent dominer le monde, et elle a la nostalgie d’une France qui était, jadis, un pays puissant et rayonnant. Un personnage du roman l’exprime bien : pour elle, parler du prestige de la France, en 1940, c’est évoquer Louis XIV, pas le président Lebrun ! Elle mélange tout, parce qu’elle est amère. Parce que son père et son grand-père étaient amers avant elle. Du coup, la victoire de Hitler en France, aussi brutale soit-elle, lui apparaît comme une chance de renouveau pour le pays. Comme tous les nationalistes, elle s’obstine à aimer une France qui n’existe plus. Une France des livres d’histoire.La même que celle du maréchal Pétain…En un certain sens, son éducation a fait d’elle une collabo parfaite.L’exemple même de ce que recherchent les Allemands dans notre pays.Cela tombe bien. Pour des raisons personnelles, c’est aussi exactement ce qu’elle recherche.

Elle suit tout de même un parcours singulier. Comment l’intrigue du roman vous est-elle venue ?

France est née de ma fascination pour les héroïnes tragiques de la scène antique. Ces femmes qui, entraînées par un destin qui leur échappe et des passions qui les submergent, courent à leur perte, mais avec une force et une violence qui peuvent tout renverser autour d’elles.Seule l’héroïne tragique est, littéralement, capable de tout.À sa manière, ce que réalise France dans le roman a quelque chose de cette furor tragique.Arrivée au dénouement, on comprend aisément qu’il fallait au moins ça !…

La construction du roman est très serrée. Comment avez-vous procédé ?

Exactement comme pour une pièce de théâtre classique. Bien avant d’écrire mon premier roman j’ambitionnais d’écrire pour la scène. Ça m’a aidé pour rédiger Fräulein France. Premièrement, j’ai établi le dénouement du roman, la catastrophe, pour ensuite remonter scène par scène jusqu’au début et établir un cours des événements qui rendait cette fin absolument nécessaire et inévitable. Tragique. Ensuite, pour des raisons liées à l’intrigue, il m’a aussi fallu traiter mon personnage principal comme un personnage de théâtre. Je devais faire exister France uniquement par l’action, sans réflexion ni monologue intérieur. Dans le théâtre classique, la psychologie n’existe jamais en tant que telle. On ne doit pas savoir ce que pensent réellement Phèdre, Hermione ou Andromaque. Sans cela, leurs actions perdraient tout leur éclat, et elles cesseraient de nous surprendre et de nous toucher. Pour faire vivre France, j’étais contraint de respecter ces anciennes règles. C’était une gageure ; dans un roman, chaque page nous invite à radioscoper nos personnages. Tout est autorisé pour les faire vivre. Là, il me fallait seulement tendre vers la catastrophe finale et faire évoluer mon personnage principal comme s’il était sur une scène devant moi.Tout ce que je vous ai révélé de la personnalité de France dans les deux questions précédentes, elle ne le dit jamais dans le roman, elle l’incarne.Pour autant, je reste l’élève scrupuleux de mes grands maîtres de lecture que sont Dumas et Walter Scott. Il n’a jamais été question pour moi d’écrire une pièce, mais bien de raconter une aventure, celle d’une femme prise dans une époque qui oscille, à chaque instant, entre le romanesque et le tragique.

Quelle place occupe ce roman dans votre carrière de romancier ? Dans quelle continuité s’inscrit-il ?

Libido sciendi. Le désir de connaissance et le plaisir d’apprendre, aidé par la force de persuasion du roman. Je ne sors pas de ce schéma (qui répond aussi à mes goûts de lecteur). En soi, le roman historique n’est ni un cours d’histoire ni une fiction débridée où toutes les inventions sont permises. C’est peut-être pour cela qu’il est si facile de lui adresser des reproches. C’est un entre-deux délicat. J’aime beaucoup ce travail d’équilibre entre la documentation et l’imagination, entre le fait réel et sa possible mise en scène.Rendre une vérité romanesque ou un détail inventé parfaitement vraisemblable : tout est là.En cela, Fräulein France s’inscrit bien dans la continuité de mes précédents romans.Mais ici, pour une fois, comme il s’agit d’une période historique très documentée et assez bien connue des lecteurs, j’ai ajouté quelques précisions en fin du livre afin de développer certains points historiques qui ne pouvaient l’être au cours de l’intrigue, et de noter les écarts volontaires entre la réalité et la fiction.

Vous qui êtes passionné d’histoire, c’est la première fois que vous abordez cette époque de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi ?

J’ai longtemps hésité. En France, depuis toujours, parler de la Seconde Guerre mondiale, c’est automatiquement parler politique. Ce qui est la meilleure manière de ne pas parler d’Histoire et de tout ramener à l’actualité, même au prix de raccourcis absurdes. Il a fallu plus de cinquante ans aux Français pour pouvoir enfin parler de l’affaire Dreyfus sans s’envoyer des noms d’oiseaux. Ce sera plus long pour la période de l’Occupation, évidemment, mais on y vient doucement.Si j’ai finalement écrit sur cette période, ça été pour faire vivre ce personnage du vieux Jean-Baptiste Meyer, créé au fil de mes lectures sur l’époque. Un Alsacien né en 1871 et toujours vivant lors de la défaite de 40. Fort son expérience, il a très bien vu croître ce « dépit amoureux des Français pour la France » tout au long des sept décennies de la troisième République. Pour lui, ce dépit est la cause de tout. Je le lui fais écrire en toutes lettres dans le roman : « À mes yeux, le Régime de Vichy n’a jamais été une surprise. Quoique précipité par le désastre de la défaite, Vichy n’a pas été un accident de parcours, mais le vidage en France de comptes mal réglés entre Français. La consommation de conclusions déjà anciennes, aveuglément adaptées à la donne de l’occupant allemand. » Pour Meyer, les nationalistes sont avant tout des déçus. « Et, puisque en amour la déception engendre toujours le rejet, ma conviction est faite : tout Vichy est là. » Il les déteste, mais surtout il les a vus venir…Meyer était LA personne que devait rencontrer France dans mon livre pour se sauver et atteindre ses buts. Il était aussi LE personnage dont j’avais besoin pour écrire ce roman.

Est-ce que votre point de vue sur la France de l’Occupation a changé après l’écriture de ce roman ?

Non. Je dois même dire qu’en me documentant sur la France de Vichy, le cynisme et la bêtise de certains n’ont fait qu’ajouter à mon écœurement. Pas besoin d’en dire davantage, sinon que, dans le même temps, j’ai été encore plus touché et admiratif devant ces réseaux de tout jeunes résistants qui se sont mis en place dans la capitale, dès octobre 1940, et que je décris dans le livre.En revanche, je n’adhère plus à cette théorie (qu’on m’avait inculquée au collège et qui est celle martelée pendant cinquante ans par les hommes de la génération de Mitterrand) qui voudrait que Vichy ait été un accident, une parenthèse tragique, le produit de la défaite… Cette manière de se voiler la face, de redonner une virginité à une France débarrassée de l’épisode de Vichy et de tout mettre sur le dos des Allemands, ne tient évidemment plus. N’en déplaise à René Rémond et sa théorie des trois droites, je crains que, même sans la Seconde Guerre mondiale, au point où elle en était arrivée, la France aurait connu, d’une manière ou d’une autre, hélas, son aventure fasciste…Les causes se doivent de précéder les effets : certes, le gouvernement de Vichy est né le 10 juillet 1940, mais l’esprit de Vichy, lui, quand est-il né ?Pour répondre à cette question, il faut tout de suite cesser de parler politique et commencer à parler Histoire…

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la presse en parle

« Le portrait que brosse Romain Sardou d’une jeune femme sous l’Occupation est jubilatoire. […] Et on le redécouvre dans ce roman qui, du lit de Göring à l’exil en Amérique du Sud, pourrait être une nouvelle « Odyssée », s’il ne réinterprétait pas surtout la vengeance tragique de Médée. »
Julie Malaure, Le Point

« Après avoir écrit de saisissants thrillers médiévaux, Romain Sardou dessine habilement les compromissions d’une époque. »
Le Pèlerin

« C’est un magnifique conteur. […] On savoure jusqu’à la dernière page un suspens haletant. »
Emmanuelle Friedmann, Questions de Femmes

« Un livre qui fait revivre au plus près, et avec talent, l’atmosphère d’un monde plongé dans la guerre, la compromission et l’héroïsme. »
Philippe Vallet, France Info

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