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Noces de cendres

Bretagne, juin 1505
Lorsque le capitaine René de Kerboullart, maître des eaux et des forêts de Rhuys, demande la main de Sigilée, tout en elle s’enflamme.

L’homme est aussi séduisant que mystérieux. Il ne réclame pour dot qu’un lopin de terres marécageuses, oubliées de tous !

Un choix étrange. Dans ces terres noyées de brume, les loups rôdent. Et, jusque dans les murs de l’abbaye voisine, on murmure qu’un mal ancien s’éveille…

Tandis que Sigilée s’abandonne à l’homme qu’elle croit aimer, Kerboullart resserre peu à peu son emprise. Il est convaincu qu’elle est la clef d’une malédiction monstrueuse.

Une malédiction qu’il est prêt à détruire à tout prix. Quitte à sacrifier son épouse…

De sa plume ensorcelante, Mireille Calmel nous plonge dans un roman épique et machiavélique où se mêlent la peur, la passion et la sensualité.

Interview de l’auteur

Avec Noces de cendres, vous nous ramenez au XVe siècle, comme dans Le Bal des louves. Existe-t-il une liation entre ces deux romans ?

Ces deux livres sont très différents mais, dans l’un comme dans l’autre, il est question d’une malédiction ancienne, profondément liée à un territoire, une lignée, et à la figure du loup. Il n’y a pas de filiation au sens narratif, mais plutôt une résonance thématique autour de ces forces anciennes qui traversent les lieux et les êtres.

Vous situez l’intrigue aux alentours de Vannes, en Bretagne. Ces lieux correspondent-ils à des endroits réels ? Pourquoi avoir choisi ce territoire et comment cette idée s’est-elle imposée à vous ?

Tout a commencé, comme toujours, par un rêve récurrent. Un de ces rêves très particuliers où j’ai la sensation d’assister à un film : les scènes se déroulent avec précision, s’interrompent à mon réveil, puis reprennent exactement là où elles s’étaient arrêtées lorsque je me rendors. Mais tout a véritablement pris sens l’an dernier, au salon du livre de Vannes. Lors d’une balade à moto avec des amis auteurs, ils m’ont conduite, sans le savoir, jusqu’au pied du château de Suscinio. Je n’ai rien dit sur le moment, mais j’ai été profondément troublée par cette coïncidence. C’est comme si le lieu voulait que je le trouve, que je ressente la malédiction ancienne qu’il cachait.

Quelles recherches ont nourri votre écriture ? Les procès pour lycanthropie – l’homme qui se prend pour un loup – et le folklore breton ont-ils été une source d’inspiration ?

Ce roman est le fruit d’un long travail d’immersion. Je me suis rendue sur les lieux, j’ai échangé avec des historiens locaux et consulté un nombre considérable d’archives. Concernant la lycanthropie, je me suis appuyée sur les croyances médiévales et les premiers récits entourant ces gures d’hommes-loups, à la frontière du réel et du fantasme. Ces histoires disent beaucoup de la peur de l’animalité, de la violence incontrôlable, mais aussi de ce que l’on projette sur ceux que l’on marginalise ou que l’on ne comprend pas. Le folklore breton a également été une source d’inspiration précieuse. D’une richesse extraordinaire, il m’a permis d’insuffler au roman une dimension à la fois mystique et profondément enracinée dans une culture vivante. Mon ambition était de faire ressentir un monde où les croyances façonnent les regards, les peurs et les destinées. Et où même l’inconcevable devient possible.

Quels personnages sont issus de l’Histoire et lesquels relèvent de la fiction?

Tous les personnages principaux du roman sont issus de l’Histoire. Je me suis notamment appuyée sur une source exceptionnelle: le rentier de Rhuys, commandé en 1506 par Anne de Bretagne. Ce document dresse un état très précis des terres, des familles et des acteurs locaux de l’époque. Il m’a permis de redonner chair à des noms, à des lieux, à des décors, qui, sans cela, seraient restés gés dans les archives. La fiction intervient dans les interstices. Elle relie ces existences, imagine les liens, les tensions, les émotions. Mais les gures centrales, leurs ancrages, leurs fonctions et leur présence sur ce territoire sont, eux, bien réels. C’est ce dialogue entre rigueur historique et liberté romanesque qui me permet de faire revivre cette histoire de la manière la plus incarnée possible.

Votre roman explore la violence, la sorcellerie et les malédictions…

Oui, mais il explore aussi l’importance du « féminin sacré » dans l’univers médiéval. Les figures de loups, de sorcellerie ou de malédictions traduisent les peurs d’une époque face à ce qui échappe au contrôle. Et en particulier à la puissance des femmes. Ce qui est nommé «malédiction» est souvent, en creux, une force que l’on cherche à contenir ou à faire taire. Cela trouve un écho très fort aujourd’hui, où les femmes, malgré les siècles, doivent encore se battre pour exister pleinement. Mon héroïne, Sigilée du Quiricec, jeune femme façonnée par l’amour jusqu’à la soumission, incarne cette tension.

Les puissants utilisent les peurs collectives pour manipuler le peuple…

Hélas ! Au XVe siècle, dans un monde traversé d’incertitudes, les rumeurs ont une force presque tangible. Il suffit d’un mot, d’un soupçon pour faire basculer une foule. Et ceux qui détiennent le pouvoir savent parfaitement comment attiser cette inquiétude pour orienter les comportements et asseoir leur autorité. Ce qui m’a particulièrement intéressée, c’est cette zone trouble où la contrainte disparaît presque. Car la peur, une fois intériorisée, agit seule. Le peuple, sans en avoir conscience, devient alors le relais de ce pouvoir. C’est une mécanique ancienne, profondément humaine… et terriblement actuelle.

L’autre personnage central de votre livre, le capitaine de Kerboullard, incarne un pouvoir mêlant violence et désir…

Oui. Cet homme – capitaine de la garde du château ducal de Suscinio – incarne un pouvoir qui ne passe pas uniquement par la force, mais aussi par le désir. Et il fait de ce désir un levier d’emprise. Au e siècle, le désir des femmes n’est pas nié, mais redouté. C’est là que réside toute la tension: éprouver devient déjà une faute. Sigilée et la Reine sont prises dans ce piège. Qu’elles cèdent ou qu’elles résistent, leur réputation est en jeu. De Kerboullart exploite cette faille avec une intelligence machiavélique. À travers lui, j’ai voulu montrer combien ce contrôle devenait un instrument de domination. Un mécanisme qui trouve encore aujourd’hui des échos troublants.

Travaillez-vous déjà sur votre prochaine histoire ?

J’écris la suite de cette aventure qui devrait paraître en octobre prochain. C’est un livre où tout ce qui a été semé trouvera son accomplissement. Et dans lequel des personnages, jusque-là discrets, vont pleinement se révéler.

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